Infections à mycobacterium avium complexe (MAC)
Introduction
Les infections à Mycobacterium avium complexe (MAC) représentent un ensemble de maladies causées par des bactéries non tuberculeuses (NTM) appartenant principalement aux espèces Mycobacterium avium et Mycobacterium intracellulare. Ces pathogènes opportunistes affectent surtout les individus immunodéprimés, mais peuvent également causer des infections pulmonaires chroniques chez des patients immunocompétents, notamment les personnes souffrant de maladies pulmonaires sous-jacentes. L’incidence de ces infections est en augmentation à l’échelle mondiale, en partie en raison de l’amélioration des techniques de diagnostic et de l’augmentation des populations vulnérables.
Microbiologie
Le complexe MAC regroupe plusieurs espèces mycobactériennes, parmi lesquelles :
- Mycobacterium avium
- Mycobacterium intracellulare
- Mycobacterium chimaera
Ces bactéries sont ubiquistes dans l’environnement. On les retrouve dans les sols, l’eau potable, les biofilms des conduites d’eau, ainsi que dans les poussières. Leur capacité à survivre dans des conditions environnementales difficiles repose sur leur paroi cellulaire riche en lipides, qui leur confère une résistance à de nombreux agents antimicrobiens et aux facteurs environnementaux.
Épidémiologie
Les infections à MAC sont présentes dans le monde entier, avec une prévalence plus élevée dans les pays industrialisés. Les facteurs de risque incluent :
- Immunodépression (par exemple, VIH/SIDA, traitement immunosuppresseur)
- Maladies pulmonaires chroniques (bronchiectasies, maladie pulmonaire obstructive chronique, fibrose kystique)
- Sexe féminin (associé à des formes pulmonaires nodulaires-bronchiectasiques)
- Exposition répétée à des sources environnementales contaminées
Pathogénie
Les mycobactéries du complexe MAC pénètrent principalement dans l’organisme par inhalation ou ingestion. Une fois dans les voies respiratoires ou gastro-intestinales, elles sont captées par les macrophages, où elles échappent à la destruction en inhibant la fusion du phagosome avec le lysosome. Cette stratégie permet une multiplication intracellulaire et une persistance chronique.
Manifestations cliniques
Les infections à MAC peuvent se présenter sous différentes formes cliniques :
- Maladie pulmonaire chronique :
- Forme cavitaire similaire à la tuberculose, prédominante chez les hommes âgés ayant des antécédents de tabagisme.
- Forme nodulaire-bronchiectasique, plus fréquente chez les femmes non-fumeuses d’âge moyen, souvent associée au syndrome de Lady Windermere.
- Adénite cervicale :
- Touchant principalement les jeunes enfants, elle se manifeste par une tuméfaction des ganglions cervicaux.
- Maladie disséminée :
- Survenant principalement chez les patients immunodéprimés, notamment ceux atteints du SIDA avec un compte de CD4 < 50/µL.
- Symptômes systémiques : fièvre, perte de poids, sueurs nocturnes, anémie, et hépatosplénomégalie.
- Infections cutanées et des tissus mous :
- Rares, elles peuvent survenir suite à une inoculation traumatique.
Diagnostic
Le diagnostic des infections à MAC repose sur une combinaison de critères cliniques, radiologiques et microbiologiques :
- Critères cliniques :
- Symptômes persistants : toux chronique, hémoptysies, fièvre, fatigue.
- Absence d’autres causes évidentes de ces symptômes.
- Imagerie :
- Radiographie pulmonaire et tomodensitométrie thoracique révélant des cavitations, des nodules ou des bronchiectasies.
- Examen microbiologique :
- Isolement de MAC dans au moins deux expectorations ou dans un lavage broncho-alvéolaire.
- Histopathologie montrant des granulomes ou des mycobactéries acido-résistantes.
Traitement
Le traitement des infections à MAC repose sur une polythérapie prolongée, généralement pendant 12 à 18 mois. Les principaux agents utilisés sont :
- Antibiotiques de première ligne :
- Clarithromycine ou azithromycine
- Ethambutol
- Rifampicine ou rifabutine
- Autres agents :
- Amikacine (en cas de maladie sévère)
- Clofazimine ou fluoroquinolones (selon les cas)
La surveillance des effets secondaires des médicaments est essentielle, notamment pour la toxicité hépatique et oculaire.
Pronostic
Le pronostic dépend de la forme clinique de la maladie, de l’état immunitaire du patient et de l’adhérence au traitement. Les patients immunodéprimés présentent un risque plus élevé de rechute ou de mortalité. Chez les patients immunocompétents, la réponse au traitement est généralement favorable.
Prévention
- Amélioration des mesures d’hygiène et réduction de l’exposition à des sources environnementales contaminées.
- Prophylaxie antibiotique (azithromycine ou clarithromycine) chez les patients à haut risque, notamment ceux atteints du SIDA avec des CD4 < 50/µL.
- Surveillance et traitement précoce des maladies pulmonaires sous-jacentes.
Références
- Griffith DE, Aksamit T, Brown-Elliott BA, et al. An Official ATS/IDSA Statement: Diagnosis, Treatment, and Prevention of Nontuberculous Mycobacterial Diseases. Am J Respir Crit Care Med. 2007;175(4):367-416.
- Daley CL, Iaccarino JM, Lange C, et al. Treatment of Nontuberculous Mycobacterial Pulmonary Disease: An Official ATS/ERS/ESCMID/IDSA Clinical Practice Guideline. Clin Infect Dis. 2020;71(4):e1-e36.
- Honda JR, Knight V, Chan ED. Pathogenesis and risk factors for nontuberculous mycobacterial lung disease. Clin Chest Med. 2015;36(1):1-11.
- Koh WJ, Stout JE, Yew WW. Advances in the management of pulmonary disease due to nontuberculous mycobacteria. Respirology. 2017;22(5):667-677.
- Wallace RJ Jr, Brown-Elliott BA, McNulty S, et al. Macrolide/Azalide therapy for nodular/bronchiectatic mycobacterium avium complex lung disease. Chest. 2014;146(2):276-282.