L'acalculie est un trouble neurologique acquis caractérisé par une altération des capacités à comprendre, manipuler ou effectuer des opérations numériques et arithmétiques. Elle peut se manifester par des difficultés à reconnaître ou à écrire les nombres, à comprendre leur valeur et leurs relations, à effectuer des calculs ou à résoudre des problèmes arithmétiques.
L'acalculie survient généralement à la suite d'une lésion cérébrale chez une personne qui possédait auparavant des capacités numériques relativement normales. Elle peut notamment être observée après un accident vasculaire cérébral (AVC), un traumatisme crânien, une tumeur cérébrale ou certaines maladies neurologiques dégénératives.
Elle ne doit pas être confondue avec la dyscalculie développementale, qui correspond à des difficultés persistantes dans l'apprentissage des mathématiques apparaissant au cours du développement.
Manifestations
Les manifestations de l'acalculie varient selon la nature et la localisation de l'atteinte cérébrale. Une personne peut présenter une ou plusieurs des difficultés suivantes :
- reconnaître ou identifier correctement les chiffres et les nombres ;
- lire ou écrire des nombres ;
- comprendre la valeur positionnelle des chiffres ;
- comparer des quantités ou des nombres ;
- effectuer des additions, soustractions, multiplications ou divisions ;
- mémoriser ou récupérer des faits arithmétiques simples ;
- effectuer des calculs mentalement ;
- comprendre les symboles mathématiques tels que « + », « − », « × » et « ÷ » ;
- résoudre des problèmes arithmétiques ;
- utiliser correctement l'argent, lire l'heure ou effectuer certaines tâches quotidiennes nécessitant des compétences numériques.
Les difficultés peuvent être relativement sélectives. Certaines personnes peuvent, par exemple, comprendre la quantité représentée par un nombre mais éprouver des difficultés à effectuer une opération écrite, tandis que d'autres présentent une atteinte plus générale des connaissances numériques.
Principaux types d'acalculie
L'acalculie peut être classée selon les fonctions numériques principalement atteintes. Cette classification permet notamment de distinguer différents profils neuropsychologiques.
Acalculie primaire ou anarithmétie
L'anarithmétie correspond à une atteinte relativement spécifique des capacités de calcul. La personne peut avoir des difficultés à effectuer des opérations arithmétiques alors que certaines autres capacités numériques ou langagières sont relativement préservées.
Acalculie aphasique
Dans certaines formes, les difficultés de calcul sont associées à une aphasie, c'est-à-dire à un trouble acquis du langage. La personne peut notamment avoir des difficultés à comprendre ou à produire les mots et symboles nécessaires aux opérations numériques.
Acalculie spatiale
L'acalculie spatiale se caractérise notamment par des erreurs dans l'organisation spatiale des nombres et des opérations écrites. Les chiffres peuvent être mal alignés, placés dans la mauvaise colonne ou manipulés incorrectement lors d'une opération.
Elle peut être associée à des troubles visuospatiaux ou à certaines formes de négligence spatiale.
Causes
L'acalculie est généralement associée à une atteinte des réseaux cérébraux impliqués dans le traitement des nombres et du calcul.
Les causes possibles comprennent notamment :
- les accidents vasculaires cérébraux ;
- les traumatismes crâniens ;
- les tumeurs cérébrales ;
- certaines maladies neurodégénératives ;
- les lésions cérébrales résultant d'autres affections neurologiques.
Les lésions de l'hémisphère gauche, notamment dans les régions pariétales, peuvent être associées à certains troubles du calcul. Toutefois, les capacités numériques reposent sur un réseau cérébral distribué et une lésion située à un endroit donné n'entraîne pas nécessairement le même profil d'acalculie chez toutes les personnes.
Syndrome de Gerstmann
L'acalculie peut faire partie du syndrome de Gerstmann, un ensemble de troubles neurologiques classiquement associé à une atteinte de la région pariétale dominante.
Le syndrome de Gerstmann associe traditionnellement :
- l'acalculie ;
- l'agraphie, c'est-à-dire une difficulté acquise à écrire ;
- l'agnosie digitale, soit une difficulté à identifier ou à distinguer les doigts ;
- la désorientation droite-gauche.
La présence de l'acalculie ne signifie toutefois pas qu'une personne présente nécessairement un syndrome de Gerstmann.
Diagnostic
Le diagnostic repose sur une évaluation neuropsychologique et neurologique. L'évaluation cherche à déterminer quelles composantes des capacités numériques sont altérées et lesquelles sont préservées.
Les tests peuvent notamment examiner :
- la reconnaissance et la lecture des nombres ;
- l'écriture des nombres sous dictée ;
- la comparaison de quantités ;
- le calcul mental ;
- les opérations écrites ;
- la compréhension des symboles arithmétiques ;
- la résolution de problèmes ;
- les capacités visuospatiales ;
- le langage, la mémoire et d'autres fonctions cognitives.
Des examens d'imagerie cérébrale, comme l'imagerie par résonance magnétique (IRM) ou la tomodensitométrie, peuvent être réalisés afin de rechercher la cause de l'atteinte neurologique.
Prise en charge et rééducation
La prise en charge dépend principalement de la cause de l'acalculie et du profil cognitif de la personne. Lorsqu'elle survient après une lésion cérébrale, la rééducation peut faire partie d'un programme de réadaptation cognitive.
Les interventions peuvent viser à :
- restaurer certaines compétences numériques ;
- renforcer les stratégies de calcul ;
- compenser les fonctions qui demeurent déficitaires ;
- utiliser des supports visuels ou écrits ;
- développer des stratégies permettant d'accomplir les tâches de la vie quotidienne.
La rééducation est généralement individualisée en fonction des capacités préservées et des difficultés observées.
Acalculie et dyscalculie
L'acalculie et la dyscalculie ne désignent pas le même trouble.
| Acalculie | Dyscalculie |
|---|---|
| Trouble généralement acquis | Trouble généralement développemental |
| Survient après une atteinte ou une maladie cérébrale | Apparaît durant le développement et l'apprentissage |
| Peut affecter une personne ayant auparavant maîtrisé les mathématiques | Les difficultés sont présentes au cours de l'apprentissage des compétences numériques |
| Relève principalement de la neurologie et de la neuropsychologie | Relève principalement des troubles neurodéveloppementaux et de l'éducation spécialisée |
Cette distinction est importante, car les mécanismes sous-jacents, l'évaluation et la prise en charge ne sont pas nécessairement les mêmes.
Pronostic
L'évolution de l'acalculie dépend notamment de la cause, de l'étendue et de la localisation de l'atteinte cérébrale, ainsi que des autres fonctions cognitives touchées. Après un AVC ou un traumatisme crânien, certaines capacités peuvent s'améliorer spontanément ou grâce à la rééducation, tandis que certaines difficultés peuvent persister.
Importance fonctionnelle
L'acalculie peut avoir des conséquences importantes dans la vie quotidienne. Les difficultés numériques peuvent notamment compliquer la gestion d'un budget, les achats, la compréhension d'une facture, la lecture de l'heure, le suivi d'une posologie ou l'utilisation de certaines informations quantitatives.
La prise en charge ne consiste donc pas uniquement à améliorer les performances à des tests de mathématiques : elle vise également à permettre à la personne de retrouver autant que possible son autonomie fonctionnelle.
À retenir
L'acalculie est un trouble acquis des capacités numériques et du calcul, généralement lié à une atteinte cérébrale. Elle peut affecter différentes composantes du traitement des nombres, du calcul mental ou écrit et de la résolution de problèmes. Son évaluation repose notamment sur la neuropsychologie et la neurologie, tandis que sa prise en charge peut associer traitement de la cause, réadaptation cognitive et stratégies de compensation.
Sources
- Ardila, A., Rosselli, M., & Vélez-Uribe, I. (1992). Acalculia: Historical development and current significance. Brain and Cognition, 20(1), 154–173.
- Dehaene, S., & Cohen, L. (1997). Cerebral pathways for calculation: Double dissociation between rote verbal and quantitative knowledge of arithmetic. Cortex, 33(2), 219–250.
- Dehaene, S., Piazza, M., Pinel, P., & Cohen, L. (2003). Three parietal circuits for number processing. Cognitive Neuropsychology, 20(3–6), 487–506.
- McCloskey, M., Caramazza, A., & Basili, A. (1985). Cognitive mechanisms in number processing and calculation: Evidence from dyscalculia. Brain and Cognition, 4(2), 171–196.