L'acantholyse est un phénomène histopathologique caractérisé par la perte d'adhérence entre les kératinocytes, les principales cellules de l'épiderme. Cette perte de cohésion cellulaire entraîne la formation d'espaces entre les cellules et peut provoquer la séparation des couches de l'épiderme ainsi que la formation de vésicules ou de bulles.
L'acantholyse n'est pas une maladie en elle-même. Elle constitue une anomalie microscopique observée dans plusieurs maladies dermatologiques, dont certaines maladies auto-immunes, génétiques et inflammatoires. Elle est particulièrement caractéristique de différentes formes de pemphigus.
Mécanisme de l'acantholyse
La cohésion entre les kératinocytes est assurée notamment par des structures spécialisées appelées desmosomes. Ces structures permettent aux cellules épidermiques de rester solidement attachées les unes aux autres.
Les desmosomes contiennent plusieurs protéines d'adhérence, dont les desmogléines et les desmocollines.
Lorsque ces mécanismes d'adhérence sont perturbés, les kératinocytes peuvent se détacher les uns des autres. Ce phénomène est appelé acantholyse.
Dans certaines maladies, l'acantholyse résulte d'une réaction auto-immune dirigée contre des protéines desmosomales. Dans d'autres, elle peut être liée à des anomalies génétiques ou à des mécanismes cellulaires différents.
Acantholyse dans le pemphigus
Le pemphigus constitue l'un des principaux groupes de maladies associées à l'acantholyse. Il s'agit d'un groupe de maladies auto-immunes caractérisées par la production d'auto-anticorps dirigés contre certaines protéines impliquées dans l'adhérence des kératinocytes.
Dans le pemphigus vulgaire, les auto-anticorps ciblent principalement la desmogléine 3, avec parfois une atteinte concomitante de la desmogléine 1. La perte d'adhérence des kératinocytes provoque une séparation intraépidermique et la formation de bulles fragiles.
Dans le pemphigus foliacé, les auto-anticorps ciblent principalement la desmogléine 1, ce qui entraîne une acantholyse située dans les couches superficielles de l'épiderme.
Les bulles du pemphigus étant souvent fragiles, elles peuvent rapidement se rompre et laisser place à des érosions cutanées.
Autres maladies associées à l'acantholyse
L'acantholyse peut être observée dans plusieurs autres affections dermatologiques.
Maladie de Darier
La maladie de Darier est une affection génétique caractérisée notamment par des anomalies de la différenciation et de l'adhérence des kératinocytes. L'examen histologique peut montrer une acantholyse associée à une dyskératose.
Elle est liée à des mutations du gène ATP2A2, qui code une pompe calcique du réticulum endoplasmique.
Maladie de Hailey-Hailey
La maladie de Hailey-Hailey est également une affection génétique caractérisée par une altération de l'adhérence entre les kératinocytes. Elle est associée à des mutations du gène ATP2C1.
L'examen microscopique montre une acantholyse caractéristique pouvant donner à l'épiderme un aspect décrit comme un « mur de briques effondré ».
Autres affections
Des phénomènes d'acantholyse peuvent également être observés dans certaines autres dermatoses et réactions cutanées. L'identification de l'acantholyse au microscope doit donc être interprétée en fonction de la morphologie des lésions, de leur localisation, du contexte clinique et des autres caractéristiques histologiques.
Manifestations cliniques
L'acantholyse elle-même n'est pas directement visible à l'examen clinique. Ce sont les conséquences de la perte de cohésion entre les cellules épidermiques qui peuvent provoquer des manifestations cutanées.
Selon la maladie responsable, celles-ci peuvent comprendre :
- des vésicules ou des bulles ;
- des érosions ;
- des croûtes ;
- des rougeurs ;
- des lésions douloureuses ou prurigineuses ;
- une atteinte des muqueuses dans certaines maladies, notamment le pemphigus vulgaire.
La présentation clinique varie considérablement selon la cause et le niveau auquel la séparation cellulaire se produit dans l'épiderme.
Diagnostic
Le diagnostic d'une maladie associée à une acantholyse repose généralement sur la combinaison de l'examen clinique et d'examens complémentaires.
Une biopsie cutanée permet d'étudier la structure de l'épiderme au microscope et de rechercher notamment l'acantholyse ainsi que la localisation de la séparation intraépidermique.
Dans le cas d'une suspicion de pemphigus, des examens immunologiques peuvent compléter l'évaluation, notamment :
- l'immunofluorescence directe sur une biopsie cutanée ;
- la recherche d'auto-anticorps circulants ;
- des tests sérologiques permettant notamment de détecter les anticorps dirigés contre les desmogléines 1 et 3.
L'ensemble de ces données permet de différencier le pemphigus d'autres maladies bulleuses, notamment les maladies dans lesquelles la séparation se produit au niveau de la jonction entre l'épiderme et le derme plutôt qu'entre les kératinocytes.
Traitement
L'acantholyse ne constitue pas une maladie indépendante et ne possède donc pas de traitement spécifique applicable à toutes ses causes. Le traitement dépend de la maladie responsable.
Dans le pemphigus, la prise en charge vise principalement à réduire la réaction auto-immune et à favoriser la cicatrisation des lésions. Selon la gravité et le type de pemphigus, elle peut notamment faire appel aux corticostéroïdes, au rituximab et à d'autres traitements immunomodulateurs ou immunosuppresseurs.
Les soins locaux peuvent également être nécessaires pour protéger les érosions, limiter la douleur et réduire le risque d'infection secondaire.
Dans les maladies génétiques comme les maladies de Darier et de Hailey-Hailey, la prise en charge est différente et vise principalement à contrôler les manifestations cutanées et à réduire les facteurs susceptibles d'aggraver les lésions.
Importance histopathologique
L'acantholyse constitue un élément important de l'analyse histopathologique en dermatologie. Sa présence permet d'orienter le diagnostic, mais elle doit être interprétée avec les autres caractéristiques observées sur la biopsie.
La localisation de l'acantholyse dans l'épiderme, son association éventuelle avec une dyskératose et la présence ou l'absence d'autres anomalies permettent notamment de distinguer différentes maladies.
À retenir
L'acantholyse correspond à une perte de cohésion entre les kératinocytes résultant d'une perturbation des mécanismes d'adhérence cellulaire. Elle est particulièrement caractéristique du pemphigus, mais peut également être observée dans plusieurs autres maladies dermatologiques, notamment les maladies de Darier et de Hailey-Hailey.
L'identification de l'acantholyse repose principalement sur l'examen histopathologique d'une biopsie cutanée. Elle constitue un signe diagnostique important, mais son interprétation doit toujours être replacée dans le contexte clinique et, lorsque nécessaire, complétée par des examens immunologiques ou génétiques.
Sources
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