Un accident d'exposition au sang (AES) est un contact accidentel avec du sang ou avec certains liquides biologiques potentiellement infectieux, par l'intermédiaire d'une piqûre ou d'une coupure, d'un contact avec une muqueuse ou d'un contact avec une peau non intacte. Les AES constituent un risque professionnel particulièrement important dans les établissements de santé, mais peuvent également survenir dans d'autres milieux professionnels.
La gravité d'un AES dépend notamment du type d'exposition, de la nature du liquide biologique, de la quantité de sang impliquée, de la profondeur de la blessure et du statut infectieux de la personne source.
Principales voies d'exposition
Un AES peut se produire de plusieurs façons.
Exposition percutanée
L'exposition percutanée survient lorsqu'un objet contaminé traverse la peau. Les situations les plus fréquentes comprennent :
- une piqûre accidentelle avec une aiguille ;
- une coupure avec un instrument médical contaminé ;
- une blessure provoquée par un objet tranchant contaminé.
Les aiguilles utilisées pour les injections ou les prélèvements sanguins constituent une source particulièrement importante d'accidents professionnels.
Exposition des muqueuses
Du sang ou certains liquides biologiques peuvent entrer en contact avec les muqueuses des :
- yeux ;
- nez ;
- bouche.
Ce type d'exposition peut notamment survenir lors d'éclaboussures.
Exposition d'une peau non intacte
Le contact avec une peau présentant une plaie, une dermatite importante ou une autre altération de la barrière cutanée peut également constituer une exposition potentielle.
À l'inverse, le simple contact de sang avec une peau saine et intacte présente généralement un risque beaucoup plus faible et ne constitue pas le même type d'exposition qu'une piqûre ou qu'un contact avec une muqueuse.
Agents infectieux concernés
Les principaux agents infectieux faisant l'objet d'une évaluation après un AES sont notamment :
- le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) ;
- le virus de l'hépatite B (VHB) ;
- le virus de l'hépatite C (VHC).
D'autres agents infectieux peuvent également être transmis par le sang dans certaines circonstances.
Le risque réel dépend toutefois de la combinaison de plusieurs facteurs. Une exposition à du sang provenant d'une personne qui n'est pas infectée par l'un de ces virus ne comporte évidemment pas de risque de transmission de celui-ci.
Risque de transmission
Le risque de transmission après une exposition professionnelle varie considérablement selon le virus et les caractéristiques de l'accident.
Pour le VIH, le risque est notamment influencé par :
- la profondeur de la blessure ;
- la quantité de sang impliquée ;
- la présence visible de sang sur le dispositif ;
- le type d'aiguille ou d'instrument ;
- la charge virale de la personne source.
Le risque est généralement plus important après une blessure profonde provoquée par un dispositif contenant du sang qu'après une exposition superficielle.
Pour le VHB, le risque dépend notamment du statut infectieux de la personne source et du statut vaccinal et immunitaire de la personne exposée.
Pour le VHC, il n'existe actuellement aucun vaccin permettant de prévenir l'infection. La prise en charge repose notamment sur l'évaluation de la personne source et sur un suivi permettant de détecter rapidement une éventuelle infection.
Conduite immédiate
Un AES doit être considéré comme une situation nécessitant une évaluation rapide, particulièrement lorsqu'il existe une possibilité d'exposition au VIH ou au VHB.
Après une exposition percutanée, il est recommandé de :
- laisser saigner doucement la plaie sans la traumatiser ;
- laver immédiatement la zone avec de l'eau et du savon ;
- rincer abondamment ;
- ne pas utiliser de produits caustiques ou désinfectants agressifs sur une plaie.
En cas de projection dans les yeux, les muqueuses doivent être rincées abondamment à l'eau ou avec une solution appropriée.
L'accident doit ensuite être signalé immédiatement selon le protocole de l'établissement ou du milieu de travail afin qu'une évaluation médicale puisse être effectuée.
Évaluation médicale
L'évaluation vise notamment à déterminer :
- le type d'exposition ;
- le délai écoulé depuis l'accident ;
- le liquide biologique impliqué ;
- la nature de l'instrument responsable ;
- la profondeur de la blessure ;
- le statut infectieux connu ou potentiel de la personne source ;
- le statut vaccinal de la personne exposée, notamment contre l'hépatite B ;
- la nécessité d'une prophylaxie post-exposition ;
- les examens biologiques et le suivi nécessaires.
Lorsque cela est possible et approprié, le statut infectieux de la personne source est recherché rapidement conformément aux procédures applicables.
Prophylaxie post-exposition au VIH
La prophylaxie post-exposition (PPE ou PEP) est un traitement antirétroviral pouvant être proposé après certaines expositions présentant un risque de transmission du VIH.
Son efficacité dépend notamment de sa mise en route rapide. Lorsqu'une exposition potentiellement significative au VIH vient de se produire, il ne faut donc pas attendre l'apparition de symptômes pour consulter.
La décision d'utiliser une PEP dépend de l'évaluation du risque et du statut de la personne source. Elle doit être prise rapidement par un professionnel de santé connaissant les recommandations en vigueur.
Hépatite B
La vaccination contre l'hépatite B constitue une mesure de prévention particulièrement importante pour les personnes professionnellement exposées au sang.
Après un AES, le statut vaccinal et la protection immunitaire de la personne exposée doivent être vérifiés lorsque cela est pertinent. Selon la situation, une vaccination, une dose de rappel ou une immunoglobuline contre l'hépatite B peut être indiquée.
La conduite à tenir dépend notamment du statut de la personne source et de la protection antérieure de la personne exposée.
Hépatite C
Il n'existe actuellement ni vaccin ni prophylaxie post-exposition systématique permettant d'empêcher l'infection par le VHC après un AES.
La stratégie repose donc principalement sur une évaluation initiale et un suivi biologique approprié afin de détecter rapidement une éventuelle infection. Une infection par le VHC peut aujourd'hui être traitée efficacement par des antiviraux à action directe.
Prévention
La prévention des AES repose principalement sur la réduction des situations dans lesquelles les travailleurs peuvent être exposés au sang.
Les principales mesures comprennent :
- l'utilisation de dispositifs médicaux sécurisés lorsque ceux-ci sont disponibles ;
- le port d'équipements de protection individuelle adaptés ;
- la manipulation prudente des aiguilles et des instruments tranchants ;
- l'élimination immédiate des objets piquants ou coupants dans des contenants appropriés ;
- l'interdiction de remettre manuellement le capuchon sur certaines aiguilles après leur utilisation lorsque cette pratique n'est pas prévue par une procédure sécurisée ;
- une organisation adéquate du travail ;
- une formation régulière du personnel ;
- la vaccination contre l'hépatite B.
Les dispositifs de sécurité, tels que certaines aiguilles munies d'un mécanisme de protection, peuvent réduire le nombre de blessures percutanées lorsqu'ils sont correctement utilisés.
Gestion des objets piquants et coupants
Les aiguilles, lames et autres objets piquants ou tranchants contaminés doivent être éliminés dans des conteneurs résistants à la perforation prévus à cet effet.
Les déchets présentant un risque biologique doivent être manipulés et éliminés conformément aux procédures de l'établissement et à la réglementation applicable.
Une proportion importante des AES peut être évitée grâce à une organisation sécuritaire du travail et à l'utilisation appropriée des équipements disponibles.
Déclaration et suivi
Tout AES doit être signalé conformément aux procédures de l'établissement ou de l'employeur. La déclaration permet :
- d'obtenir rapidement une évaluation médicale ;
- de déterminer si une prophylaxie est nécessaire ;
- d'organiser le suivi biologique ;
- d'identifier les circonstances de l'accident ;
- de mettre en place des mesures destinées à prévenir des accidents similaires.
La déclaration d'un accident ne doit pas être retardée par crainte de sanctions ou de conséquences administratives. Une prise en charge rapide est particulièrement importante lorsqu'une prophylaxie contre le VIH pourrait être indiquée.
Risques psychologiques
Un AES peut également provoquer une anxiété importante, même lorsque le risque réel de transmission est faible. L'incertitude concernant le statut infectieux de la personne source et l'attente des résultats peuvent être particulièrement stressantes.
Une information claire sur le niveau de risque, les mesures prises et le calendrier du suivi peut contribuer à réduire cette anxiété.
AES et personnes non professionnelles
Bien que les AES soient particulièrement associés aux professions de la santé, une exposition accidentelle au sang peut également se produire dans d'autres circonstances, notamment lors de soins à domicile, d'accidents, de blessures avec un objet potentiellement contaminé ou de certaines interventions professionnelles.
Dans toute situation présentant une exposition potentiellement significative au sang, une évaluation médicale rapide est recommandée.
À retenir
Un accident d'exposition au sang correspond principalement à une piqûre ou une coupure, à une projection sur une muqueuse ou au contact de sang avec une peau non intacte.
Les principaux agents infectieux recherchés sont le VIH, le VHB et le VHC. Le risque de transmission varie considérablement selon le type d'exposition et le statut infectieux de la personne source.
Après un AES, il faut nettoyer immédiatement la zone exposée, rincer les muqueuses en cas de projection, signaler l'accident et obtenir rapidement une évaluation médicale. Une prophylaxie post-exposition contre le VIH peut être indiquée dans certaines situations et doit être envisagée sans délai.
La vaccination contre l'hépatite B, les dispositifs médicaux sécurisés, la formation du personnel et la manipulation appropriée des objets piquants et coupants constituent des éléments essentiels de la prévention.
Sources
- Henderson, D. K., & Fahey, B. J. (2001). Management of needlestick injuries: a house officer who has a needlestick. JAMA, 285(17), 2267–2270.
- Panlilio, A. L., Orelien, J. G., Srivastava, P. U., Jagger, J., Cohn, R. D., & Cardo, D. M. (2005). Estimate of the annual number of percutaneous injuries among hospital-based healthcare workers in the United States, 1997–1998. Infection Control & Hospital Epidemiology, 26(5), 421–426.
- Centers for Disease Control and Prevention. Occupational Exposure to Bloodborne Pathogens and Needlestick Prevention.
- World Health Organization. Guidelines on post-exposure prophylaxis for HIV and the use of cotrimoxazole prophylaxis for HIV-related infections.