L’acroparesthésie désigne un ensemble de sensations anormales touchant principalement les extrémités des membres, en particulier les mains et les pieds. Ces sensations peuvent prendre la forme de fourmillements, de picotements, d’engourdissements, de brûlures ou d’une impression de décharges électriques.
Le terme « acroparesthésie » décrit avant tout une manifestation clinique et non une maladie unique. Elle peut être provoquée par de nombreuses affections touchant les nerfs périphériques, la circulation sanguine, le métabolisme ou certains organes.
Une acroparesthésie temporaire peut être bénigne, par exemple lorsqu’un membre est comprimé pendant quelques minutes. En revanche, des paresthésies persistantes, répétées ou progressives peuvent être le signe d’une neuropathie ou d’une autre maladie nécessitant une évaluation médicale.
Origine du terme
Le terme acroparesthésie est formé de plusieurs éléments :
- acro-, qui signifie « extrémité » ;
- paresthésie, qui désigne une sensation anormale de la peau ou des tissus, spontanée ou provoquée.
L’acroparesthésie correspond donc à des paresthésies prédominant au niveau des extrémités.
Manifestations
Les sensations ressenties lors d’une acroparesthésie peuvent être très diverses.
Elles peuvent comprendre :
- des fourmillements ;
- des picotements ;
- des engourdissements ;
- une sensation de brûlure ;
- des démangeaisons inhabituelles ;
- des sensations de courant électrique ;
- une impression de peau « endormie » ;
- une hypersensibilité au toucher ;
- une diminution de la sensibilité.
Ces symptômes peuvent être intermittents ou constants.
Ils peuvent également être plus importants pendant certaines périodes, notamment la nuit ou après une activité physique.
Localisation
L’acroparesthésie concerne principalement les extrémités.
Elle peut toucher :
- les doigts ;
- les mains ;
- les orteils ;
- les pieds.
Dans certaines neuropathies, les symptômes commencent au niveau des orteils et progressent progressivement vers les jambes. Les mains peuvent ensuite être atteintes.
Cette distribution est parfois décrite comme une distribution en « chaussettes et gants », particulièrement caractéristique de certaines polyneuropathies.
Une manifestation neurologique
Les paresthésies sont souvent liées à une perturbation du fonctionnement des nerfs sensitifs.
Les nerfs périphériques transmettent les informations provenant de la peau et des tissus vers le système nerveux central.
Lorsque ces nerfs sont comprimés, irrités ou endommagés, les signaux nerveux peuvent être transmis de manière anormale.
Le cerveau peut alors interpréter ces signaux comme des fourmillements, des brûlures ou des décharges électriques, même lorsqu’aucune stimulation extérieure ne les provoque.
Causes possibles
L’acroparesthésie possède de nombreuses causes.
Elle peut notamment être associée à :
- une compression nerveuse ;
- une neuropathie périphérique ;
- le diabète ;
- certaines carences nutritionnelles ;
- l’alcool ;
- certaines maladies métaboliques ;
- certaines maladies auto-immunes ;
- certains médicaments ;
- certaines intoxications ;
- des maladies rénales ;
- des maladies thyroïdiennes ;
- certaines maladies héréditaires.
La cause doit être recherchée lorsque les symptômes persistent ou récidivent.
Compression nerveuse
Une compression d’un nerf peut provoquer des paresthésies dans la région qu’il innerve.
Le syndrome du canal carpien constitue un exemple fréquent.
Il résulte d’une compression du nerf médian au niveau du poignet.
Les symptômes peuvent comprendre :
- des fourmillements dans le pouce ;
- l’index ;
- le majeur ;
- une partie de l’annulaire ;
- des engourdissements ;
- des douleurs ;
- une diminution de la force de la main.
Les symptômes sont souvent plus importants la nuit.
Syndrome du canal cubital
Une compression du nerf ulnaire, notamment au niveau du coude, peut provoquer des paresthésies touchant principalement :
- l’auriculaire ;
- l’annulaire.
Une faiblesse de certains muscles de la main peut apparaître lorsque la compression est importante ou prolongée.
Neuropathie diabétique
Le diabète constitue une cause fréquente de neuropathie périphérique.
Une glycémie élevée de manière chronique peut progressivement endommager les nerfs.
La neuropathie diabétique peut provoquer :
- des brûlures des pieds ;
- des fourmillements ;
- des engourdissements ;
- des douleurs ;
- une diminution de la sensibilité.
Les symptômes sont souvent symétriques et commencent fréquemment au niveau des pieds.
Carence en vitamine B12
Une carence en vitamine B12 peut provoquer des troubles neurologiques.
Elle peut notamment entraîner :
- des paresthésies ;
- une diminution de la sensibilité ;
- une faiblesse ;
- des troubles de l’équilibre ;
- des difficultés à marcher dans les formes importantes.
Une carence prolongée peut provoquer des lésions neurologiques parfois persistantes, ce qui rend son identification et son traitement importants.
Autres carences
D’autres déficits nutritionnels peuvent également affecter le système nerveux.
Selon le contexte, le médecin peut rechercher notamment des anomalies concernant :
- la vitamine B1 ;
- la vitamine B6 ;
- la vitamine B12 ;
- la vitamine E ;
- le cuivre.
Une supplémentation ne doit cependant pas être entreprise systématiquement sans identifier la cause d’une éventuelle carence.
Maladie de Fabry
L’acroparesthésie peut constituer une manifestation de la maladie de Fabry, une maladie génétique rare liée à une anomalie du métabolisme des glycosphingolipides.
Les douleurs et paresthésies des mains et des pieds peuvent être particulièrement importantes chez les enfants et les jeunes adultes atteints.
La maladie peut également toucher :
- les reins ;
- le cœur ;
- le système nerveux ;
- la peau.
Des épisodes de douleurs intenses des extrémités, appelés crises de Fabry, peuvent survenir.
La présence d’une acroparesthésie inexpliquée, particulièrement lorsqu’elle apparaît tôt dans la vie et s’accompagne d’autres manifestations évocatrices, peut donc justifier une évaluation spécialisée.
Troubles circulatoires
Certaines maladies vasculaires peuvent provoquer des sensations anormales dans les extrémités.
Les symptômes peuvent être associés à :
- une sensation de froid ;
- une modification de la coloration de la peau ;
- une douleur ;
- un engourdissement.
L’acrocyanose et la maladie de Raynaud peuvent notamment provoquer des symptômes aux doigts et aux orteils, mais leurs mécanismes sont principalement vasculaires plutôt que neurologiques.
Acroparesthésie et maladie de Raynaud
La maladie de Raynaud se caractérise par des épisodes de rétrécissement temporaire des petits vaisseaux sanguins des doigts ou des orteils.
Les extrémités peuvent successivement devenir :
- pâles ;
- bleutées ;
- puis rouges lors du retour de la circulation.
Des engourdissements et des picotements peuvent accompagner les crises.
Il est donc possible de ressentir une paresthésie pendant un épisode de Raynaud sans que la cause principale soit une neuropathie.
Médicaments
Certains médicaments peuvent provoquer une neuropathie périphérique et donc des paresthésies.
La liste dépend notamment du traitement utilisé et de la dose.
Certains médicaments anticancéreux sont particulièrement connus pour pouvoir provoquer des neuropathies périphériques.
Lorsqu’une acroparesthésie apparaît après l’introduction d’un nouveau médicament, il est important d’en discuter avec un professionnel de santé plutôt que d’arrêter le traitement de sa propre initiative.
Alcool
Une consommation chronique et importante d’alcool peut être associée à une neuropathie périphérique.
Les symptômes peuvent comprendre :
- brûlures des pieds ;
- fourmillements ;
- engourdissements ;
- douleurs ;
- faiblesse musculaire.
Les carences nutritionnelles fréquemment associées à une consommation excessive d’alcool peuvent également contribuer aux lésions nerveuses.
Maladies rénales
Certaines maladies rénales chroniques peuvent être associées à une neuropathie périphérique.
L’accumulation de certaines substances normalement éliminées par les reins peut perturber le fonctionnement du système nerveux dans les formes avancées.
Une acroparesthésie persistante peut donc conduire à rechercher, selon le contexte, une anomalie de la fonction rénale.
Troubles thyroïdiens
Certaines maladies de la thyroïde, notamment l’hypothyroïdie, peuvent être associées à des symptômes neurologiques.
Des paresthésies peuvent notamment apparaître, parfois en raison d’une neuropathie ou d’une compression nerveuse favorisée par les modifications des tissus.
Sclérose en plaques et maladies neurologiques
Des maladies du système nerveux central peuvent également provoquer des sensations anormales.
La sclérose en plaques, certaines atteintes de la moelle épinière et d’autres maladies neurologiques peuvent entraîner des paresthésies.
Cependant, une sensation de fourmillement dans les mains ou les pieds ne signifie pas à elle seule qu’une personne souffre d’une maladie neurologique grave.
La distribution des symptômes, leur durée, les signes associés et l’examen neurologique permettent d’orienter le diagnostic.
Acroparesthésie transitoire
Des paresthésies temporaires sont extrêmement fréquentes chez les personnes en bonne santé.
Elles peuvent apparaître lorsqu’un nerf est comprimé pendant une certaine durée, par exemple lorsqu’une personne reste longtemps dans une position inhabituelle.
La pression exercée sur le nerf perturbe temporairement la transmission des signaux nerveux.
Lorsque la compression disparaît, la sensibilité revient généralement progressivement.
Ce phénomène est communément décrit comme avoir un membre « engourdi » ou « endormi ».
Diagnostic
Le diagnostic d’une acroparesthésie commence par une description précise des symptômes.
Le médecin cherche notamment à déterminer :
- la localisation des sensations ;
- leur durée ;
- leur fréquence ;
- leur intensité ;
- leur évolution ;
- les facteurs qui les déclenchent ;
- les facteurs qui les soulagent ;
- leur caractère symétrique ou asymétrique.
L’existence de douleurs, de faiblesse musculaire ou de troubles de l’équilibre constitue également une information importante.
Examen neurologique
L’examen clinique peut comprendre une évaluation de :
- la sensibilité au toucher ;
- la sensibilité à la douleur ;
- la sensibilité vibratoire ;
- les réflexes ;
- la force musculaire ;
- la coordination ;
- la marche.
Cet examen permet de rechercher une atteinte des nerfs périphériques ou du système nerveux central.
Analyses sanguines
Des analyses peuvent être réalisées en fonction des symptômes et des facteurs de risque.
Elles peuvent notamment rechercher :
- une anomalie de la glycémie ;
- une carence en vitamine B12 ;
- une anomalie thyroïdienne ;
- une maladie rénale ;
- certaines anomalies nutritionnelles ;
- une inflammation ;
- d’autres causes métaboliques.
Les examens doivent être adaptés au contexte clinique plutôt que réalisés systématiquement chez toutes les personnes présentant des fourmillements.
Électromyogramme
Un électromyogramme (EMG) et des études de conduction nerveuse peuvent être utilisés lorsqu’une neuropathie périphérique ou une compression nerveuse est suspectée.
Ces examens permettent notamment d’évaluer :
- la vitesse de conduction des nerfs ;
- l’intensité des signaux électriques ;
- le fonctionnement de certains muscles ;
- la présence d’une compression ou d’une atteinte nerveuse.
Ils peuvent être particulièrement utiles lorsque les symptômes sont persistants ou lorsque le diagnostic demeure incertain.
Examens génétiques
Lorsqu’une maladie héréditaire est suspectée, un examen génétique peut être proposé.
Cela peut notamment être le cas lorsqu’une acroparesthésie apparaît à un âge inhabituellement jeune, lorsqu’il existe des antécédents familiaux ou lorsque d’autres manifestations caractéristiques sont présentes.
Dans le cas de la maladie de Fabry, des analyses enzymatiques et génétiques peuvent contribuer à confirmer le diagnostic.
Traitement
L’acroparesthésie étant un symptôme et non une maladie unique, le traitement dépend de sa cause.
Il peut notamment consister à :
- traiter une maladie sous-jacente ;
- corriger une carence ;
- réduire une compression nerveuse ;
- contrôler le diabète ;
- modifier un traitement responsable lorsque cela est médicalement approprié ;
- traiter une maladie vasculaire ;
- prendre en charge une neuropathie.
Le traitement de la cause peut permettre une amélioration importante des paresthésies.
Traitement des douleurs neuropathiques
Lorsque les paresthésies sont associées à des douleurs neuropathiques persistantes, certains médicaments spécifiques peuvent être utilisés.
Selon la situation, le médecin peut notamment envisager des traitements agissant sur la transmission de la douleur au niveau du système nerveux.
Le choix dépend de la cause, de l’intensité des symptômes, des autres médicaments utilisés et de l’état de santé général.
Les antalgiques classiques ne sont pas toujours très efficaces contre les douleurs neuropathiques.
Évolution
L’évolution de l’acroparesthésie dépend entièrement de sa cause.
Une compression nerveuse temporaire peut disparaître en quelques minutes.
Une neuropathie liée à une carence corrigée précocement peut parfois s’améliorer progressivement.
À l’inverse, certaines neuropathies chroniques peuvent persister pendant plusieurs années.
Certaines lésions nerveuses importantes peuvent devenir partiellement ou totalement irréversibles lorsqu’elles restent longtemps non traitées.
Complications
L’acroparesthésie elle-même n’est généralement pas dangereuse, mais une perte de sensibilité importante peut augmenter le risque de blessures.
Une personne ayant les pieds engourdis peut notamment ne pas ressentir :
- une coupure ;
- une brûlure ;
- une ampoule ;
- une plaie ;
- une pression excessive causée par une chaussure.
Chez les personnes présentant une neuropathie diabétique, cette diminution de la sensibilité peut contribuer au développement de lésions du pied.
Quand consulter ?
Une consultation médicale est recommandée lorsque les paresthésies :
- persistent pendant plusieurs jours ;
- se répètent fréquemment ;
- s’aggravent progressivement ;
- perturbent le sommeil ;
- s’accompagnent de douleurs ;
- touchent progressivement plusieurs extrémités ;
- sont associées à une faiblesse musculaire ;
- s’accompagnent de troubles de l’équilibre ;
- apparaissent sans cause évidente.
Une consultation urgente est nécessaire lorsqu’un engourdissement apparaît brutalement avec une faiblesse d’un côté du corps, des difficultés à parler, une perte soudaine de la vision ou d’autres signes neurologiques aigus, car ces symptômes peuvent notamment évoquer un accident vasculaire cérébral.
Prévention
La prévention dépend de la cause.
Certaines mesures peuvent contribuer à réduire le risque de neuropathie :
- maintenir une alimentation équilibrée ;
- corriger les carences nutritionnelles identifiées ;
- contrôler correctement le diabète ;
- limiter les expositions toxiques ;
- éviter une consommation excessive d’alcool ;
- utiliser correctement les médicaments pouvant affecter les nerfs ;
- protéger les mains et les pieds contre les blessures.
Chez les personnes ayant déjà une diminution de la sensibilité des pieds, une inspection régulière de la peau peut permettre de détecter précocement les blessures.
À retenir
L’acroparesthésie correspond à des sensations anormales touchant principalement les extrémités, telles que des fourmillements, des picotements, des brûlures ou des engourdissements.
Elle constitue un symptôme et non une maladie unique. Ses causes sont nombreuses et comprennent notamment les compressions nerveuses, les neuropathies diabétiques, certaines carences en vitamines, certaines maladies métaboliques, des médicaments, l’alcool et certaines maladies génétiques comme la maladie de Fabry.
Le diagnostic repose sur l’analyse des symptômes et l’examen clinique. Selon le contexte, des analyses sanguines, des études de conduction nerveuse, un électromyogramme ou des examens génétiques peuvent être nécessaires.
Le traitement dépend de la cause. Une acroparesthésie temporaire liée à une compression nerveuse est généralement bénigne, tandis que des paresthésies persistantes ou progressives peuvent révéler une atteinte neurologique nécessitant une prise en charge.
Une apparition brutale de paresthésies accompagnées d’autres signes neurologiques constitue une situation d’urgence médicale.
Sources :
- Campbell, W. W. (2008). Evaluation and Management of Peripheral Nerve Injury. In DeLisa's Physical Medicine and Rehabilitation: Principles and Practice (5th ed., pp. 1273–1302). Lippincott Williams & Wilkins.
- Toth, C. (2009). Paresthesias. In Encyclopedia of Neuroscience (Vol. 7, pp. 785–789). Springer. https://doi.org/10.1007/978-3-540-29678-2_2861