L’acromioplastie est une intervention chirurgicale de l’épaule qui consiste à remodeler ou à retirer une petite partie de la face inférieure de l’acromion, une saillie osseuse de la scapula située au-dessus de l’articulation de l’épaule.
L’objectif historique de cette intervention est d’augmenter l’espace situé entre l’acromion et la tête de l’humérus afin de réduire les contraintes exercées sur certaines structures, notamment les tendons de la coiffe des rotateurs et la bourse sous-acromiale.
L’acromioplastie est généralement réalisée par arthroscopie, une technique chirurgicale mini-invasive permettant d’examiner et de traiter l’intérieur de l’articulation à l’aide d’une petite caméra.
Cependant, l’utilisation de l’acromioplastie a évolué avec les connaissances médicales. Elle n’est plus considérée comme un traitement systématique des douleurs sous-acromiales ou du syndrome douloureux de l’épaule. Les études cliniques modernes indiquent que, pour certaines douleurs sous-acromiales non compliquées, l’acromioplastie n’apporte pas nécessairement un bénéfice supplémentaire important par rapport à une prise en charge non chirurgicale adaptée.
Anatomie concernée
L’acromion est une partie de la scapula située au sommet de l’épaule.
Il forme avec la clavicule l’articulation acromio-claviculaire et participe à la protection des structures situées sous lui.
Sous l’acromion se trouvent notamment :
- le tendon du muscle supra-épineux ;
- une partie de la coiffe des rotateurs ;
- la bourse sous-acromiale ;
- certaines structures contribuant au fonctionnement de l’épaule.
L’espace situé entre l’acromion et la tête de l’humérus est appelé espace sous-acromial.
Principe de l’acromioplastie
Lors d’une acromioplastie, le chirurgien retire une petite quantité d’os de la partie inférieure de l’acromion et peut également traiter les tissus inflammatoires ou les lésions associées.
Le remodelage vise principalement à :
- modifier une saillie osseuse ;
- augmenter localement l’espace sous-acromial ;
- réduire certaines contraintes mécaniques ;
- faciliter le passage des tendons de la coiffe des rotateurs.
L’intervention ne consiste généralement pas à retirer l’ensemble de l’acromion. Une quantité limitée d’os est retirée afin de préserver la fonction et la stabilité de l’épaule.
Indications
L’indication d’une acromioplastie doit être déterminée en fonction du diagnostic précis.
Elle peut être envisagée dans certaines situations, notamment lorsqu’elle accompagne une autre intervention chirurgicale de l’épaule.
Elle peut notamment être discutée dans le contexte :
- de certaines lésions de la coiffe des rotateurs ;
- de certaines pathologies de l’espace sous-acromial ;
- de certaines anomalies osseuses sélectionnées ;
- de douleurs persistantes malgré une prise en charge non chirurgicale appropriée.
L’existence d’un acromion courbé ou crochu à l’imagerie ne constitue toutefois pas, à elle seule, une indication suffisante pour une acromioplastie.
Syndrome douloureux sous-acromial
L’acromioplastie a longtemps été utilisée pour traiter ce qui était appelé le conflit sous-acromial.
Cette conception reposait principalement sur l’idée qu’une partie de l’acromion pouvait comprimer mécaniquement les tendons de la coiffe des rotateurs lors de l’élévation du bras.
La compréhension actuelle est plus nuancée.
Les douleurs sous-acromiales peuvent résulter de plusieurs facteurs, notamment :
- une tendinopathie ;
- une surcharge mécanique ;
- une faiblesse musculaire ;
- des modifications des tendons ;
- une inflammation de la bourse ;
- des facteurs biomécaniques ;
- des facteurs liés à la douleur et au système nerveux.
Il n’est donc pas toujours possible d’attribuer la douleur à une simple compression par l’acromion.
Traitement conservateur avant la chirurgie
Dans la plupart des situations où une douleur sous-acromiale est suspectée sans lésion nécessitant une intervention immédiate, un traitement non chirurgical est généralement privilégié.
Il peut comprendre :
- des exercices thérapeutiques ;
- de la physiothérapie ;
- un renforcement progressif de la coiffe des rotateurs ;
- un travail des muscles stabilisateurs de la scapula ;
- une adaptation temporaire des activités douloureuses ;
- des mesures visant à contrôler la douleur.
La récupération peut nécessiter plusieurs semaines ou plusieurs mois.
L’objectif est notamment de restaurer progressivement la force, la mobilité et la capacité fonctionnelle de l’épaule.
Acromioplastie arthroscopique
L’acromioplastie est fréquemment réalisée par arthroscopie.
Cette technique consiste à introduire une petite caméra dans l’épaule par une incision de quelques millimètres.
D’autres petites incisions permettent d’introduire les instruments chirurgicaux.
L’arthroscopie permet au chirurgien d’examiner différentes structures de l’épaule et, lorsque cela est nécessaire, de traiter simultanément certaines lésions.
Déroulement général
Avant l’intervention, le patient bénéficie d’une évaluation médicale et anesthésique.
L’intervention est réalisée sous anesthésie adaptée à la situation.
Le chirurgien introduit l’arthroscope dans l’épaule afin d’examiner l’articulation et les structures environnantes.
Selon les constatations, il peut notamment :
- retirer des tissus inflammatoires ;
- traiter certaines lésions ;
- régulariser une partie de l’acromion ;
- effectuer une autre intervention associée.
Une petite fraise chirurgicale peut être utilisée pour remodeler la partie inférieure de l’acromion.
Résection de la bourse sous-acromiale
Une bursectomie, c’est-à-dire le retrait d’une partie ou de la totalité de la bourse sous-acromiale inflammatoire, peut être réalisée pendant certaines interventions arthroscopiques.
La bourse est une structure permettant normalement le glissement entre les différents tissus de l’épaule.
Son inflammation peut contribuer à la douleur.
Le chirurgien peut donc traiter cette inflammation lorsqu’elle est importante ou lorsqu’elle accompagne une autre pathologie nécessitant une intervention.
Acromioplastie et coiffe des rotateurs
L’acromioplastie peut être réalisée en association avec une réparation de la coiffe des rotateurs dans certaines situations.
La coiffe des rotateurs comprend quatre muscles :
- le supra-épineux ;
- l’infra-épineux ;
- le petit rond ;
- le subscapulaire.
Leurs tendons contribuent à la stabilité de l’articulation gléno-humérale et aux mouvements de l’épaule.
Lorsqu’une rupture de la coiffe nécessite une réparation chirurgicale, le chirurgien peut décider de réaliser ou non une acromioplastie associée en fonction des caractéristiques anatomiques et de la situation clinique.
Acromioplastie et arthrose acromio-claviculaire
L’acromioplastie ne doit pas être confondue avec une résection de l’extrémité distale de la clavicule.
Ces deux interventions peuvent parfois être réalisées lors d’une même opération, mais elles concernent des structures différentes.
L’acromioplastie concerne l’acromion.
La résection distale de la clavicule concerne l’extrémité de la clavicule et peut être envisagée dans certaines formes d’arthrose acromio-claviculaire symptomatique.
Bénéfices potentiels
Lorsqu’elle est correctement indiquée, l’acromioplastie peut avoir pour objectifs :
- de diminuer certaines douleurs ;
- d’améliorer la fonction de l’épaule ;
- de faciliter certains mouvements ;
- de traiter certaines anomalies anatomiques associées à une autre pathologie ;
- de permettre un meilleur accès chirurgical à certaines structures.
Le bénéfice réel dépend toutefois de la cause de la douleur et des autres lésions présentes.
Limites de l’intervention
L’acromioplastie ne permet pas nécessairement de supprimer une douleur d’épaule.
Une douleur peut persister lorsque son origine est liée notamment à :
- une tendinopathie ;
- une rupture importante de la coiffe des rotateurs ;
- une arthrose ;
- une raideur articulaire ;
- une atteinte nerveuse ;
- une autre maladie de l’épaule.
Il est donc essentiel de déterminer la cause principale des symptômes avant d'envisager une intervention.
Résultats des études scientifiques
Les recherches modernes ont remis en question l’utilisation systématique de l’acromioplastie pour les douleurs sous-acromiales isolées.
Plusieurs essais cliniques et revues systématiques ont montré que l’amélioration obtenue avec l’acromioplastie peut être similaire à celle obtenue avec une prise en charge non chirurgicale ou une arthroscopie sans acromioplastie dans certaines populations.
Ces résultats ont conduit à une évolution des recommandations médicales.
L’acromioplastie n’est donc généralement pas considérée comme une intervention obligatoire pour toute personne présentant un syndrome douloureux sous-acromial.
Risques et complications
Comme toute intervention chirurgicale, l’acromioplastie comporte des risques.
Les complications possibles comprennent notamment :
- infection ;
- saignement ;
- hématome ;
- douleur persistante ;
- raideur de l’épaule ;
- limitation des mouvements ;
- lésions nerveuses ou vasculaires, rares ;
- complications liées à l’anesthésie ;
- problèmes liés à une intervention associée.
Une complication spécifique peut également survenir si une quantité excessive d’os est retirée ou si la stabilité de l’épaule est compromise, même si ces situations sont inhabituelles lorsque la technique est correctement réalisée.
Récupération
La récupération dépend de la procédure réalisée.
Après une acromioplastie isolée, la récupération peut être plus rapide que lorsqu’une réparation de la coiffe des rotateurs est effectuée simultanément.
La physiothérapie joue généralement un rôle important.
Elle peut comprendre progressivement :
- des exercices de mobilité ;
- des exercices visant à récupérer l’amplitude articulaire ;
- un renforcement musculaire ;
- un travail de la coiffe des rotateurs ;
- des exercices de stabilisation de la scapula ;
- une reprise progressive des activités.
La durée de récupération varie considérablement d’une personne à l’autre.
Reprise des activités
La reprise des activités dépend du type d’intervention et de l’évolution de l’épaule.
Les activités quotidiennes légères peuvent parfois être reprises relativement rapidement, tandis que les activités nécessitant des efforts importants ou des mouvements répétitifs au-dessus de la tête peuvent nécessiter davantage de temps.
Après une réparation de la coiffe des rotateurs associée, les restrictions sont généralement plus importantes et la récupération plus longue.
Les consignes du chirurgien et du physiothérapeute doivent être respectées.
Diagnostic avant l’intervention
Avant d’envisager une acromioplastie, le médecin cherche à déterminer précisément l’origine des douleurs.
L’évaluation peut comprendre :
- un examen clinique ;
- une radiographie ;
- une échographie ;
- une IRM ;
- parfois d’autres examens selon le contexte.
L’imagerie permet notamment de rechercher une rupture de la coiffe des rotateurs, une arthrose, des anomalies osseuses ou d’autres lésions.
Cependant, les résultats de l’imagerie doivent toujours être interprétés en association avec les symptômes et l’examen clinique.
Alternatives à l’acromioplastie
Dans de nombreux cas, une prise en charge non chirurgicale peut être privilégiée.
Elle peut comprendre :
- physiothérapie ;
- exercices à domicile ;
- renforcement progressif ;
- modification temporaire des activités ;
- gestion de la douleur ;
- amélioration de la mobilité de l’épaule.
Dans certaines situations, une injection de corticostéroïdes peut être envisagée pour soulager temporairement la douleur, mais son indication doit être évaluée individuellement.
Pronostic
Le pronostic après une acromioplastie dépend surtout de la maladie qui a motivé l’intervention.
Une personne présentant une pathologie limitée et correctement sélectionnée peut obtenir une amélioration importante de la douleur et de la fonction.
Lorsque plusieurs problèmes sont présents, notamment une arthrose importante ou une rupture majeure de la coiffe des rotateurs, l’évolution dépend davantage de l’ensemble des lésions.
L’intervention chirurgicale ne garantit donc pas une disparition complète des symptômes.
À retenir
L’acromioplastie est une intervention chirurgicale visant à remodeler la partie inférieure de l’acromion afin de modifier l’espace sous-acromial. Elle est généralement réalisée par arthroscopie et peut être associée à d’autres interventions de l’épaule.
Elle a historiquement été utilisée pour traiter le conflit sous-acromial, mais les connaissances actuelles montrent que son utilisation systématique dans les douleurs sous-acromiales isolées n’est pas justifiée. Les traitements non chirurgicaux, notamment les exercices thérapeutiques et la physiothérapie, constituent souvent une première approche.
L’acromioplastie peut néanmoins avoir une place dans certaines situations soigneusement sélectionnées, notamment lorsqu’elle est associée au traitement chirurgical d’une autre lésion de l’épaule.
La décision d’effectuer une acromioplastie doit donc reposer sur un diagnostic précis, les symptômes du patient, les résultats de l’examen clinique et de l’imagerie, ainsi que sur l’évaluation des bénéfices et des risques de l’intervention.
Sources :
- DeFranco, M. J., Bershadsky, B., Ciccone, J., Yum, J., & Iannotti, J. P. (2007). Functional Outcome of Arthroscopic Rotator Cuff Repairs: A Correlation of Anatomic and Clinical Results. Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 16(6), 759–765. https://doi.org/10.1016/j.jse.2007.02.122
- National Institute for Health and Care Excellence (NICE). (2004). Arthroscopic subacromial decompression for shoulder pain. https://www.nice.org.uk/guidance/ipg33