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L’abrasion dentaire est une forme d’usure mécanique des tissus dentaires provoquée par une action répétée d’agents extérieurs à la dent. Elle peut toucher l’émail et, lorsque l’usure progresse, exposer la dentine.

L’abrasion se distingue d’autres mécanismes d’usure dentaire, notamment de l’attrition, qui résulte principalement du contact entre les dents, et de l’érosion, qui correspond à une perte de substance dentaire causée par des phénomènes chimiques liés aux acides.

L’abrasion est généralement progressive. Son importance dépend de la fréquence, de la durée et de l’intensité des contraintes mécaniques exercées sur les dents.

1. Causes de l’abrasion dentaire

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l’apparition ou à l’aggravation d’une abrasion dentaire.

Brossage dentaire traumatique

Un brossage effectué avec une pression excessive, particulièrement avec une technique horizontale répétitive, peut favoriser l’usure des surfaces dentaires exposées.

Le risque peut être accru lorsque le brossage est effectué avec une brosse à dents à poils durs ou lorsque la technique de brossage est inadéquate.

Dentifrices abrasifs

Certains dentifrices contiennent des agents abrasifs destinés notamment à éliminer les colorations superficielles.

L’abrasivité d’un dentifrice peut être exprimée notamment par sa valeur RDA (Relative Dentin Abrasivity). Une utilisation excessive ou inappropriée de produits fortement abrasifs peut contribuer à l’usure dentaire, particulièrement lorsque la dentine est déjà exposée.

Habitudes et objets

Certaines habitudes peuvent exercer une action mécanique répétée sur les dents, par exemple :

  • se ronger les ongles ;
  • mâchonner des objets ;
  • tenir régulièrement des objets entre les dents ;
  • utiliser les dents pour couper ou maintenir certains matériaux ;
  • certaines habitudes professionnelles ou instrumentales.

Le risque dépend de la fréquence et de la force exercée.

2. Abrasion, attrition et érosion

Il est important de distinguer les différents mécanismes d’usure dentaire.

Abrasion

L’abrasion est une usure mécanique causée principalement par un facteur extérieur à la dent, comme une technique de brossage traumatique ou une habitude répétitive.

Attrition

L’attrition correspond à une usure provoquée principalement par le contact entre les surfaces dentaires opposées. Elle peut notamment être associée au bruxisme.

Érosion

L’érosion dentaire est une perte progressive de substance dentaire résultant d’un processus chimique, principalement lié à l’exposition à des acides non bactériens.

Les boissons gazeuses, certains jus de fruits, les aliments acides et l’exposition à l’acide gastrique peuvent notamment contribuer à l’érosion.

Dans la pratique, plusieurs mécanismes peuvent agir simultanément. Une surface dentaire fragilisée par l’érosion peut par exemple devenir plus vulnérable à l’usure mécanique.

3. Localisations fréquentes

L’abrasion peut toucher différentes surfaces des dents, mais certaines zones sont particulièrement exposées aux contraintes mécaniques.

Les régions cervicales, situées près de la jonction entre la couronne et la racine, peuvent notamment présenter des lésions d’usure non carieuses.

Ces lésions peuvent prendre l’apparence de :

  • sillons ;
  • dépressions ;
  • encoches ;
  • zones aplaties ;
  • pertes localisées de substance dentaire.

L’aspect de la lésion peut aider le professionnel à déterminer le ou les mécanismes responsables.

4. Signes et symptômes

L’abrasion dentaire peut être asymptomatique pendant longtemps.

Lorsque l’usure devient importante, elle peut provoquer :

  • une sensibilité dentaire au froid, au chaud, au sucré ou au contact ;
  • une modification de la forme des dents ;
  • l’apparition de sillons ou de dépressions ;
  • une exposition de la dentine ;
  • une modification de la couleur apparente de la dent ;
  • une augmentation de la fragilité de certaines zones dentaires.

La coloration plus jaunâtre d'une dent peut notamment devenir plus visible lorsque l’émail s’amincit et que la dentine sous-jacente devient davantage apparente.

5. Diagnostic

Le diagnostic repose principalement sur un examen clinique dentaire.

Le dentiste examine notamment :

  • la localisation des lésions ;
  • leur forme ;
  • leur profondeur ;
  • l’état de l’émail et de la dentine ;
  • les signes d’autres formes d’usure ;
  • l’état des gencives ;
  • les habitudes d’hygiène bucco-dentaire.

Le professionnel peut également interroger la personne sur :

  • sa technique de brossage ;
  • la fréquence et la durée du brossage ;
  • le type de brosse à dents utilisé ;
  • le dentifrice utilisé ;
  • certaines habitudes comportementales ;
  • la consommation d’aliments et de boissons acides ;
  • la présence éventuelle de bruxisme.

Les radiographies dentaires ne sont pas systématiquement nécessaires pour diagnostiquer une abrasion. Elles peuvent toutefois être utilisées lorsqu’une évaluation radiographique est indiquée pour rechercher d’autres problèmes ou apprécier certaines conséquences de l’usure.

6. Facteurs favorisant l'usure

L’abrasion peut être favorisée par plusieurs facteurs, notamment :

  • une pression excessive lors du brossage ;
  • une technique de brossage inadéquate ;
  • l’utilisation d’une brosse à poils trop rigides ;
  • certains produits dentaires fortement abrasifs ;
  • une exposition préalable à des substances acides ;
  • une récession gingivale exposant les surfaces radiculaires ;
  • certaines habitudes répétitives.

La dentine étant beaucoup moins résistante à l’usure que l’émail, son exposition peut accélérer la progression d’une lésion.

7. Prévention

La prévention repose principalement sur la réduction des contraintes mécaniques excessives.

Il est recommandé notamment de :

  • utiliser une brosse à dents à poils souples ;
  • adopter une technique de brossage douce ;
  • éviter d’exercer une pression excessive ;
  • choisir un dentifrice approprié ;
  • éviter les habitudes qui soumettent les dents à des contraintes mécaniques répétées ;
  • maintenir une bonne hygiène bucco-dentaire ;
  • consulter régulièrement un professionnel dentaire.

La prévention doit également prendre en compte les autres mécanismes d’usure lorsqu’ils sont présents.

8. Traitement et prise en charge

Le traitement dépend principalement de la cause, de la profondeur des lésions et de leurs conséquences.

Lorsque l’abrasion est légère et stable, aucune restauration n’est nécessairement requise. La priorité consiste alors à éliminer ou réduire le facteur responsable et à surveiller l’évolution.

En cas de sensibilité dentaire, différentes mesures peuvent être proposées selon la situation, notamment des produits destinés à réduire l’hypersensibilité.

Lorsque la perte de substance est importante, des traitements restaurateurs peuvent être envisagés, notamment :

  • des restaurations en matériau composite ;
  • d’autres techniques restauratrices adaptées à la localisation ;
  • dans certaines situations avancées, des restaurations prothétiques.

Le choix du traitement dépend de l’importance de la perte de substance, de la fonction de la dent, de l’esthétique et de la cause de l’usure.

9. Abrasion et récession gingivale

L’abrasion peut être particulièrement problématique lorsque la gencive s’est rétractée et que la surface radiculaire est exposée.

La racine n’est pas recouverte d’émail comme la couronne dentaire. Le cément et la dentine radiculaires sont donc plus vulnérables à l’usure mécanique.

Une technique de brossage trop agressive peut ainsi contribuer à la fois à l’usure dentaire et à des traumatismes gingivaux.

10. Évolution

L’abrasion est généralement un processus chronique et progressif. Son évolution dépend de la persistance du facteur causal.

Si la cause est identifiée et corrigée suffisamment tôt, la progression de l’usure peut souvent être limitée. En revanche, une perte importante de tissu dentaire est généralement irréversible, car l’émail ne se régénère pas naturellement après sa destruction.

La surveillance régulière permet de détecter une progression et d’intervenir avant que la perte de substance ne devienne importante.

À retenir

L’abrasion dentaire est une usure mécanique des tissus dentaires provoquée par des facteurs extérieurs à la dent. Le brossage trop vigoureux, l’utilisation inappropriée de produits abrasifs et certaines habitudes répétitives peuvent notamment y contribuer.

Elle doit être distinguée de l’attrition, liée principalement au contact entre les dents, et de l’érosion, qui résulte d’une attaque chimique par des acides.

Les différents mécanismes peuvent toutefois se combiner. Une bonne hygiène bucco-dentaire, une technique de brossage douce, l’utilisation d’une brosse souple et l’identification précoce des facteurs responsables permettent de limiter la progression de l’usure.

Sources

  1. Bartlett, D. W., & Shah, P. (2006). A critical review of non-carious cervical (wear) lesions and the role of abfraction, erosion, and abrasion. Journal of Dental Research, 85(4), 306–312.
  2. Wiegand, A., & Schlueter, N. (2014). The use of fluoride toothpaste and other fluoride-containing products in the prevention of dental erosion. Monographs in Oral Science, 25, 85–96.
  3. Grippo, J. O., Simring, M., & Schreiner, S. (2004). Attrition, abrasion, corrosion and abfraction revisited: A new perspective on tooth surface lesions. Journal of the American Dental Association, 135(8), 1109–1118.
  4. Addy, M., & Hunter, M. L. (2003). The effects of tooth brushing on tooth wear and dentine hypersensitivity. British Dental Journal, 204, 89–94.