L'accident vasculaire cérébral (AVC) est une urgence médicale provoquée par une atteinte soudaine de la circulation sanguine ou par une hémorragie au niveau du cerveau. Il peut entraîner des lésions cérébrales permanentes, des incapacités importantes ou le décès.
On distingue principalement deux grandes catégories d'AVC : l'AVC ischémique, causé par l'obstruction d'une artère cérébrale, et l'AVC hémorragique, causé par la rupture d'un vaisseau sanguin et l'accumulation de sang dans ou autour du cerveau.
La rapidité de la prise en charge est déterminante. Les traitements de certains AVC ischémiques sont fortement dépendants du délai entre l'apparition des symptômes et la restauration de la circulation sanguine. Au Canada, toute personne présentant des signes évocateurs d'un AVC doit appeler immédiatement le 911 ou le numéro d'urgence local, même si les symptômes commencent à disparaître.
Les deux principaux types d'AVC
AVC ischémique
L'AVC ischémique représente la majorité des AVC. Il survient lorsqu'une artère qui apporte du sang au cerveau est obstruée par un caillot ou par une autre cause de réduction du débit sanguin.
La diminution de l'apport en oxygène et en glucose provoque une souffrance des cellules cérébrales. Lorsque l'ischémie persiste, elle peut entraîner un infarctus cérébral, c'est-à-dire une destruction irréversible du tissu cérébral.
Le caillot peut notamment provenir :
- d'une artère cérébrale ou cervicale atteinte d'athérosclérose ;
- du cœur, notamment en présence de fibrillation auriculaire ;
- d'un autre territoire vasculaire.
AVC hémorragique
L'AVC hémorragique survient lorsqu'un vaisseau sanguin se rompt et provoque une accumulation de sang dans le cerveau ou autour de celui-ci.
On distingue principalement :
- l'hémorragie intracérébrale, lorsque le sang s'accumule directement dans le tissu cérébral ;
- l'hémorragie sous-arachnoïdienne, lorsque le sang se répand dans l'espace situé entre certaines membranes entourant le cerveau.
L'hémorragie peut exercer une pression sur le tissu cérébral, augmenter la pression intracrânienne et entraîner des lésions neurologiques graves.
Signes et symptômes
Les symptômes d'un AVC apparaissent généralement brutalement. Ils dépendent de la région du cerveau touchée et peuvent comprendre :
- une faiblesse ou une paralysie soudaine du visage, d'un bras ou d'une jambe, particulièrement d'un seul côté ;
- un engourdissement ou une perte soudaine de sensibilité ;
- une difficulté à parler ou à comprendre la parole ;
- une difficulté soudaine à trouver les mots ;
- une perte ou une perturbation soudaine de la vision ;
- une difficulté à marcher ;
- une perte d'équilibre ou de coordination ;
- des étourdissements importants ;
- un mal de tête soudain et inhabituellement intense, particulièrement dans certaines formes d'AVC hémorragique ;
- une diminution de la conscience dans les cas graves.
Un AVC peut toucher une personne de tout âge, même s'il devient plus fréquent avec l'âge.
Reconnaître un AVC : FAST
La règle FAST est utilisée pour reconnaître rapidement plusieurs signes caractéristiques d'un AVC :
- F — Face (visage) : demander à la personne de sourire et rechercher une asymétrie du visage ;
- A — Arms (bras) : demander de lever les deux bras et rechercher une faiblesse d'un côté ;
- S — Speech (parole) : vérifier si la personne présente un trouble de la parole ou de la compréhension ;
- T — Time (temps) : agir immédiatement et appeler le 911.
La règle FAST ne couvre pas tous les symptômes possibles d'un AVC, mais elle constitue un outil simple pour favoriser une reconnaissance rapide.
Pourquoi chaque minute compte
Le cerveau est extrêmement sensible au manque d'oxygène. Dans un AVC ischémique, l'interruption prolongée du débit sanguin peut entraîner la mort progressive des cellules cérébrales.
La rapidité de la reconnaissance des symptômes, du transport vers un établissement approprié, de l'imagerie et du traitement peut donc avoir une influence importante sur les séquelles.
Les services préhospitaliers doivent notamment recueillir l'heure de début des symptômes ou, lorsque celle-ci est inconnue, la dernière heure à laquelle la personne était connue sans symptômes.
Facteurs de risque
De nombreux facteurs augmentent le risque d'AVC.
Les principaux facteurs modifiables comprennent notamment :
- l'hypertension artérielle ;
- le tabagisme ;
- le diabète ;
- un taux élevé de cholestérol ;
- la fibrillation auriculaire ;
- certaines autres maladies cardiaques ;
- l'obésité ;
- la sédentarité ;
- une consommation excessive d'alcool ;
- certaines maladies vasculaires ;
- les antécédents d'AIT ou d'AVC.
D'autres facteurs, comme l'âge, certains antécédents familiaux et certaines prédispositions médicales, ne peuvent pas être modifiés.
La prise en charge des facteurs de risque constitue l'une des principales stratégies de prévention des AVC.
Diagnostic
Lorsqu'un AVC est suspecté, l'évaluation médicale doit être réalisée sans délai.
Elle comprend notamment un examen neurologique et une imagerie cérébrale. La tomodensitométrie (TDM) ou l'imagerie par résonance magnétique (IRM) permet notamment de rechercher une hémorragie et d'évaluer les signes d'ischémie.
Une angiographie par tomodensitométrie (CTA) ou une autre technique d'imagerie vasculaire peut permettre d'identifier une occlusion d'une grosse artère ou une autre anomalie vasculaire.
Chez certains patients, des examens de perfusion cérébrale peuvent contribuer à déterminer la quantité de tissu cérébral encore potentiellement récupérable et à sélectionner des patients pour certains traitements lorsque le délai depuis le début des symptômes est prolongé.
L'évaluation peut également comprendre :
- la mesure de la glycémie ;
- la pression artérielle ;
- un électrocardiogramme ;
- des analyses sanguines ;
- une surveillance du rythme cardiaque ;
- une échocardiographie dans certaines situations.
Traitement de l'AVC ischémique
Le traitement dépend notamment de l'heure de début des symptômes, de la localisation de l'occlusion, des résultats de l'imagerie et de l'état général du patient.
Thrombolyse intraveineuse
Chez certains patients admissibles présentant un AVC ischémique aigu, un médicament thrombolytique peut être administré par voie intraveineuse afin de favoriser la dissolution du caillot.
Les recommandations américaines de 2026 reconnaissent l'altéplase et la ténectéplase comme options de thrombolyse intraveineuse chez les patients admissibles dans la fenêtre habituelle de 4,5 heures. Certains patients soigneusement sélectionnés peuvent également être admissibles à une thrombolyse au-delà de cette fenêtre sur la base de critères d'imagerie avancée.
La thrombolyse n'est toutefois pas appropriée pour tous les patients. Une imagerie cérébrale est nécessaire pour notamment exclure une hémorragie et évaluer les critères d'admissibilité.
Thrombectomie endovasculaire
La thrombectomie endovasculaire est un traitement majeur des AVC ischémiques causés par l'occlusion de certaines grosses artères cérébrales.
Au cours de cette intervention, un cathéter est introduit dans le système vasculaire afin d'atteindre l'artère cérébrale obstruée et de retirer le caillot, généralement à l'aide de dispositifs spécialisés.
Chez des patients sélectionnés présentant une occlusion d'un gros vaisseau, la thrombectomie peut être réalisée dans les premières heures suivant le début des symptômes et, selon certains critères cliniques et radiologiques, jusqu'à 24 heures après le dernier moment où le patient était connu sans symptômes.
La thrombectomie peut être réalisée en complément de la thrombolyse lorsqu'une personne est admissible aux deux traitements. Les traitements ne doivent généralement pas être retardés inutilement l'un pour permettre l'évaluation de l'efficacité de l'autre.
Traitement de l'AVC hémorragique
La prise en charge d'un AVC hémorragique diffère fondamentalement de celle d'un AVC ischémique.
Les objectifs comprennent notamment :
- contrôler la pression artérielle lorsque cela est indiqué ;
- limiter l'expansion de l'hémorragie ;
- corriger rapidement certains troubles de la coagulation ou les effets des anticoagulants ;
- contrôler la pression intracrânienne lorsque nécessaire ;
- traiter les complications neurologiques ;
- déterminer si une intervention neurochirurgicale ou endovasculaire est nécessaire.
Certaines hémorragies cérébrales peuvent nécessiter une intervention spécialisée pour évacuer le sang ou traiter la cause du saignement.
Prise en charge hospitalière
Après la phase d'urgence, les patients sont généralement pris en charge dans une unité spécialisée lorsque celle-ci est disponible.
La surveillance vise notamment à détecter et à traiter :
- les troubles de la déglutition ;
- les complications respiratoires ;
- les infections ;
- les troubles de la glycémie ;
- les anomalies de la pression artérielle ;
- les crises épileptiques ;
- les complications liées à l'immobilité ;
- les troubles neurologiques secondaires.
Une évaluation de la déglutition est particulièrement importante avant la reprise de l'alimentation orale chez certains patients.
Séquelles possibles
Les séquelles d'un AVC varient considérablement selon la région cérébrale touchée, l'étendue des lésions et la rapidité du traitement.
Elles peuvent comprendre :
- une faiblesse ou une paralysie ;
- des troubles de la marche ;
- des troubles de l'équilibre ;
- des troubles de la parole ;
- des difficultés à comprendre le langage ;
- des troubles de la déglutition ;
- des troubles visuels ;
- des difficultés de mémoire ;
- des troubles de l'attention ;
- des modifications des fonctions exécutives ;
- des changements émotionnels ou comportementaux ;
- une perte d'autonomie.
Certaines personnes récupèrent une grande partie de leurs fonctions, tandis que d'autres conservent des incapacités importantes.
Réadaptation après un AVC
La réadaptation constitue une composante essentielle de la prise en charge après la phase aiguë.
Selon les besoins, elle peut faire intervenir :
- des physiothérapeutes ;
- des ergothérapeutes ;
- des orthophonistes ;
- des neuropsychologues ;
- des médecins spécialisés en réadaptation ;
- des infirmiers ;
- des travailleurs sociaux ;
- d'autres professionnels de la santé.
La physiothérapie peut contribuer à récupérer la mobilité et l'équilibre. L'ergothérapie vise notamment les activités quotidiennes et l'autonomie. L'orthophonie peut traiter les troubles du langage, de la communication et de la déglutition.
La récupération peut se poursuivre pendant des mois, voire plus longtemps, et son évolution varie d'une personne à l'autre.
Prévention d'un premier AVC
Une grande partie de la prévention repose sur la prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire.
Elle comprend notamment :
- le contrôle de la pression artérielle ;
- l'arrêt du tabagisme ;
- la prise en charge du diabète ;
- la réduction du cholestérol lorsque cela est indiqué ;
- une activité physique régulière ;
- une alimentation favorable à la santé cardiovasculaire ;
- la limitation de la consommation excessive d'alcool ;
- la prise en charge de la fibrillation auriculaire ;
- le maintien d'un poids approprié.
Prévention secondaire
Après un AVC ou un AIT, la prévention secondaire vise à réduire le risque d'un nouvel événement.
Le traitement dépend de la cause. Il peut notamment comprendre :
- des antiagrégants plaquettaires pour certains AVC ischémiques non cardioemboliques ;
- des anticoagulants lorsqu'une fibrillation auriculaire ou une autre indication cardioembolique est identifiée ;
- des statines ;
- un traitement antihypertenseur ;
- la prise en charge du diabète ;
- une intervention sur une artère carotide dans certaines situations.
Les anticoagulants et les antiagrégants plaquettaires n'ont pas les mêmes indications et ne doivent pas être utilisés indistinctement.
AVC chez l'enfant et l'adulte jeune
Même si l'AVC est plus fréquent chez les personnes âgées, il peut également survenir chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte jeune.
Chez ces personnes, les causes peuvent différer de celles observées chez les personnes âgées et comprennent notamment certaines maladies cardiaques, anomalies vasculaires, troubles de la coagulation, dissections artérielles et autres affections.
La présence d'un âge jeune ne doit donc pas conduire à écarter automatiquement la possibilité d'un AVC.
Que faire en cas de suspicion d'AVC ?
Lorsqu'une personne présente soudainement des signes compatibles avec un AVC :
- Appelez immédiatement le 911.
- Notez l'heure à laquelle les symptômes ont commencé ou la dernière fois où la personne était connue sans symptômes.
- Ne conduisez pas vous-même la personne à l'hôpital si les services d'urgence sont disponibles.
- Suivez les instructions données par les services préhospitaliers.
- Préparez, si possible, la liste des médicaments de la personne, notamment les anticoagulants.
Même si les symptômes disparaissent complètement, il faut appeler les services d'urgence, car l'épisode peut correspondre à un accident ischémique transitoire (AIT) et annoncer un AVC.
À retenir
L'accident vasculaire cérébral est une urgence médicale majeure qui peut provoquer des lésions cérébrales permanentes et des incapacités importantes.
L'AVC peut être ischémique, lorsqu'une artère cérébrale est obstruée, ou hémorragique, lorsqu'un vaisseau sanguin se rompt. Les symptômes peuvent être similaires dans les deux situations, et l'imagerie cérébrale est essentielle pour orienter rapidement le diagnostic et le traitement.
La reconnaissance précoce des signes d'AVC et l'appel immédiat au 911 sont essentiels. Dans certains AVC ischémiques, une thrombolyse intraveineuse et/ou une thrombectomie endovasculaire peuvent considérablement améliorer les chances de récupération lorsqu'elles sont réalisées chez des patients admissibles et dans les délais appropriés.
Après la phase aiguë, la réadaptation et la prévention secondaire jouent un rôle majeur dans la récupération fonctionnelle et la réduction du risque de récidive.
Sources
- Benjamin, E. J., Muntner, P., Alonso, A., Bittencourt, M. S., Callaway, C. W., Carson, A. P., et al. (2019). Heart Disease and Stroke Statistics—2019 Update: A Report From the American Heart Association. Circulation, 139(10), e56–e528.
- Powers, W. J., Rabinstein, A. A., Ackerson, T., et al. (2019). Guidelines for the Early Management of Patients With Acute Ischemic Stroke. Stroke, 50(12), e344–e418.
- Prabhakaran, S., et al. (2026). 2026 Guideline for the Early Management of Patients With Acute Ischemic Stroke. Stroke.
- Canadian Stroke Best Practices. Acute Stroke Management.
- Canadian Stroke Best Practices. Emergency Department Evaluation and Management of Patients With Transient Ischemic Attack and Acute Stroke.
- Canadian Stroke Best Practices. Emergency Medical Services Management of Acute Stroke Patients.