L'acidurie désigne, au sens général, la présence d'acides dans les urines ou l'élimination d'urines présentant un pH acide. Le terme peut également être employé, dans un contexte de biochimie et de génétique médicale, pour désigner l'élimination excessive d'un acide organique particulier dans les urines.
L'acidité des urines est une caractéristique physiologique normale et varie au cours de la journée. En revanche, certaines aciduries correspondent à des anomalies métaboliques ou rénales et peuvent constituer un signe important d'une maladie.
1. Définition
L'acidurie correspond à la présence d'acides dans les urines. Au sens simple, elle peut être mise en évidence par la mesure du pH urinaire.
Les reins jouent un rôle essentiel dans l'élimination des ions hydrogène (H⁺) produits par le métabolisme et participent ainsi au maintien de l'équilibre acidobasique de l'organisme.
Une urine acide n'est donc pas nécessairement anormale : le pH urinaire peut normalement varier considérablement en fonction de l'alimentation, de l'hydratation, du métabolisme et de l'état acidobasique.
2. pH urinaire
Le pH urinaire mesure l'acidité ou l'alcalinité de l'urine.
Une urine dont le pH est inférieur à 7 est considérée comme acide. Toutefois, le pH urinaire normal peut varier approximativement de 4,5 à 7,8, selon les circonstances physiologiques et pathologiques.
Le rein peut modifier considérablement l'acidité de l'urine afin de contribuer à maintenir le pH sanguin dans une plage compatible avec le fonctionnement normal des cellules.
3. Rôle des reins
Les reins participent au maintien de l'équilibre acidobasique en :
- réabsorbant le bicarbonate filtré ;
- produisant du nouveau bicarbonate ;
- excrétant des ions H⁺ ;
- éliminant des acides sous différentes formes ;
- produisant et excrétant de l'ammonium (NH₄⁺).
Cette fonction permet d'éliminer la charge acide générée quotidiennement par le métabolisme.
L'acidification des urines constitue donc un mécanisme physiologique essentiel.
4. Acidurie physiologique
Une certaine acidité des urines est normale.
Après un repas riche en protéines, par exemple, la production métabolique d'acides peut augmenter et entraîner une augmentation de l'excrétion rénale d'acides.
À l'inverse, certaines situations alimentaires ou métaboliques peuvent rendre les urines moins acides.
Le pH urinaire doit donc être interprété en fonction du contexte plutôt que considéré isolément.
5. Acidurie et équilibre acidobasique
L'acidurie est étroitement liée à l'équilibre acidobasique.
Lorsque l'organisme produit davantage d'acides, les reins augmentent généralement leur excrétion urinaire afin de contribuer à maintenir le pH sanguin.
Une diminution de la capacité rénale à excréter les acides peut au contraire contribuer à l'apparition d'une acidose métabolique.
L'acidification des urines constitue ainsi l'un des mécanismes de compensation et de régulation de l'équilibre acidobasique.
6. Acidurie et alcalose métabolique
Une acidurie peut également être observée dans certaines situations d'alcalose métabolique.
Cela peut notamment se produire lorsque les reins excrètent des ions H⁺ dans certaines circonstances particulières, alors même que le sang est devenu trop alcalin.
Ce phénomène illustre le fait que le pH urinaire ne reflète pas directement le pH sanguin.
7. Acidurie et troubles rénaux
Certaines maladies rénales peuvent modifier la capacité des reins à acidifier correctement les urines.
Dans les acidoses tubulaires rénales, par exemple, certaines anomalies de la fonction tubulaire perturbent l'excrétion des ions H⁺ ou la gestion du bicarbonate.
Selon le type d'acidose tubulaire, le pH urinaire peut être anormalement élevé ou présenter une réponse inappropriée aux variations de l'état acidobasique.
L'étude du pH urinaire peut donc contribuer à l'évaluation de certaines anomalies de la fonction rénale.
8. Acidurie et alimentation
L'alimentation peut influencer le pH urinaire.
Une alimentation riche en protéines animales tend notamment à augmenter la charge acide excrétée par les reins, tandis qu'une alimentation riche en certains fruits et légumes peut avoir un effet alcalinisant sur les urines.
Cette influence alimentaire explique en partie les variations normales du pH urinaire.
Elle ne signifie toutefois pas qu'une urine acide ou alcaline constitue à elle seule un indicateur fiable de l'état de santé général.
9. Aciduries organiques
Le terme acidurie possède un deuxième usage important en médecine génétique et métabolique.
Les aciduries organiques, également appelées parfois acidémies organiques, constituent un groupe de maladies métaboliques dans lesquelles certains acides organiques et leurs dérivés s'accumulent dans l'organisme et sont éliminés en quantités anormalement élevées dans les urines.
Ces maladies sont généralement dues à des anomalies d'enzymes, de cofacteurs ou de voies métaboliques.
10. Aciduries organiques héréditaires
La majorité des aciduries organiques classiques sont des maladies héréditaires du métabolisme.
Elles résultent généralement d'une anomalie génétique qui perturbe la dégradation de certains nutriments, notamment des acides aminés.
Le blocage d'une voie métabolique entraîne alors :
- une diminution de la production normale située en aval du blocage ;
- une accumulation des substances situées en amont ;
- la formation éventuelle de métabolites secondaires ;
- l'élimination urinaire accrue de certains acides organiques.
11. Principales aciduries organiques
Les aciduries organiques comprennent notamment :
- l'acidurie méthylmalonique ;
- l'acidémie propionique ;
- l'acidémie isovalérique ;
- l'acidurie glutarique de type 1 ;
- certaines formes d'acidurie 3-méthylglutaconique ;
- certaines aciduries liées au métabolisme des acides aminés ou des acides gras.
Ces maladies sont biochimiquement très diverses et chacune possède un profil caractéristique de métabolites urinaires.
12. Acidurie méthylmalonique
L'acidurie méthylmalonique est une maladie métabolique dans laquelle l'acide méthylmalonique s'accumule.
Elle peut être due à un déficit de l'enzyme méthylmalonyl-CoA mutase ou à des anomalies du métabolisme de la vitamine B12.
Certaines formes apparaissent dès la période néonatale et peuvent provoquer des épisodes de décompensation métabolique.
13. Acidémie propionique
L'acidémie propionique est une maladie métabolique héréditaire provoquée par un déficit de l'enzyme propionyl-CoA carboxylase.
Elle entraîne l'accumulation de certains métabolites et peut provoquer des épisodes d'acidose métabolique, d'hyperammoniémie, de vomissements, de léthargie et de décompensation métabolique.
Elle appartient au groupe des acidémies organiques et peut être détectée par l'analyse des acides organiques urinaires.
14. Acidurie glutarique de type 1
L'acidurie glutarique de type 1 est une maladie héréditaire causée par un déficit de la glutaryl-CoA déshydrogénase.
Elle entraîne une accumulation d'acide glutarique et de métabolites apparentés.
La maladie peut provoquer une atteinte neurologique, notamment lors d'épisodes de décompensation métabolique chez le jeune enfant.
15. Acidurie 3-hydroxy-3-méthylglutarique
L'acidurie 3-hydroxy-3-méthylglutarique est une maladie métabolique rare causée par un déficit en HMG-CoA lyase.
Elle perturbe notamment le métabolisme des corps cétoniques et de certains acides aminés.
Les épisodes de décompensation peuvent être déclenchés par le jeûne ou une infection et s'accompagner notamment d'hypoglycémie, de vomissements et d'une acidose métabolique.
16. Acidurie argininosuccinique
L'acidurie argininosuccinique constitue un cas particulier.
Elle est causée par un déficit en argininosuccinate lyase, une enzyme du cycle de l'urée.
Cette anomalie entraîne notamment une accumulation d'acide argininosuccinique et une hyperammoniémie, qui peut provoquer des manifestations neurologiques importantes.
Les formes sévères peuvent apparaître dès la période néonatale, tandis que certaines formes plus modérées se manifestent plus tard.
17. Acidurie et décompensation métabolique
Les aciduries organiques peuvent rester relativement silencieuses pendant une période variable avant de provoquer une décompensation métabolique aiguë.
Les épisodes peuvent être déclenchés par :
- une infection ;
- le jeûne prolongé ;
- une déshydratation ;
- une intervention chirurgicale ;
- un traumatisme ;
- une augmentation importante du catabolisme.
Chez certains nourrissons, une telle décompensation peut être sévère et nécessiter une prise en charge urgente.
18. Manifestations cliniques
Les manifestations dépendent du type précis d'acidurie.
Elles peuvent comprendre :
- vomissements ;
- difficultés d'alimentation ;
- déshydratation ;
- léthargie ;
- hypotonie ;
- troubles de la conscience ;
- convulsions ;
- retard ou régression du développement ;
- acidose métabolique ;
- hypoglycémie dans certaines maladies ;
- hyperammoniémie dans certaines autres.
Les symptômes ne sont donc pas spécifiques à l'ensemble des aciduries.
19. Acidose métabolique
Certaines aciduries organiques peuvent provoquer une acidose métabolique à trou anionique élevé.
L'accumulation d'acides organiques contribue alors à augmenter la charge acide de l'organisme et à diminuer le bicarbonate sanguin.
Une acidose métabolique inexpliquée, particulièrement chez un nourrisson ou un jeune enfant présentant des épisodes récidivants de décompensation, peut donc conduire à rechercher une maladie métabolique héréditaire.
20. Diagnostic
Le diagnostic d'une acidurie dépend de sa nature.
Pour une acidité urinaire générale, on mesure principalement le pH des urines.
Pour rechercher une acidurie organique, l'examen de référence comprend notamment une analyse quantitative et qualitative des acides organiques urinaires.
Cette analyse permet de rechercher des profils anormaux de métabolites et peut orienter vers une maladie métabolique précise.
21. Analyse des acides organiques urinaires
L'analyse des acides organiques urinaires recherche différentes molécules issues du métabolisme.
Les résultats sont généralement interprétés en fonction :
- de la concentration des métabolites ;
- des rapports entre différents métabolites ;
- du profil global observé ;
- de l'âge du patient ;
- du contexte clinique ;
- de l'alimentation ;
- des médicaments ;
- d'une éventuelle période de jeûne ou de décompensation.
Un résultat anormal ne permet donc pas toujours, à lui seul, de poser définitivement un diagnostic.
22. Confirmation génétique
Lorsqu'une acidurie organique héréditaire est suspectée, des analyses complémentaires peuvent être réalisées.
Selon la maladie recherchée, elles peuvent comprendre :
- un dosage de métabolites sanguins ;
- une analyse enzymatique ;
- une analyse des acylcarnitines ;
- une analyse des acides aminés ;
- une analyse génétique moléculaire.
L'identification de la mutation responsable peut permettre de confirmer le diagnostic et de préciser le mode de transmission de la maladie.
23. Dépistage néonatal
Certaines maladies métaboliques responsables d'aciduries ou d'acidémies organiques peuvent être détectées grâce au dépistage néonatal.
La détection précoce est particulièrement importante pour les maladies susceptibles de provoquer une décompensation métabolique grave au cours des premières semaines ou des premiers mois de vie.
Les maladies incluses dans les programmes de dépistage varient toutefois selon les pays et les régions.
24. Traitement des aciduries organiques
Le traitement dépend entièrement de la maladie responsable.
Selon le trouble métabolique, il peut comprendre :
- une alimentation médicalement adaptée ;
- une restriction de certains acides aminés ou nutriments ;
- des suppléments de vitamines ou de cofacteurs ;
- de la carnitine dans certaines maladies ;
- des médicaments destinés à réduire l'accumulation de certains métabolites ;
- une prise en charge rapide des épisodes de décompensation ;
- dans certaines maladies sévères, une transplantation hépatique.
La prise en charge est généralement réalisée par une équipe spécialisée en maladies métaboliques héréditaires.
25. Différence entre acidurie et acidémie
Les termes acidurie et acidémie ne désignent pas la même chose.
- Acidurie : présence ou élimination accrue d'acides dans les urines.
- Acidémie : augmentation de l'acidité du sang avec un pH sanguin inférieur à la normale.
Une personne peut présenter une acidurie sans acidémie.
Inversement, une acidémie ne signifie pas nécessairement qu'une quantité anormale d'acides spécifiques est éliminée dans les urines.
26. Différence entre acidurie et acidose
Il faut également distinguer acidurie et acidose.
L'acidose est un processus physiopathologique qui tend à augmenter l'acidité des liquides de l'organisme.
L'acidurie concerne spécifiquement l'élimination urinaire d'acides ou, dans le contexte des maladies métaboliques, l'excrétion urinaire anormale de certains acides organiques.
Les deux phénomènes peuvent être associés, mais ils ne sont pas synonymes.
27. Acidurie et urine alcaline
L'urine n'est pas nécessairement acide en permanence.
Selon l'état physiologique, l'alimentation et certaines maladies, elle peut devenir relativement alcaline.
Le pH urinaire constitue donc une mesure dynamique qui reflète notamment l'activité rénale, l'alimentation et l'état acidobasique.
Une urine alcaline n'est pas nécessairement pathologique, tout comme une urine acide n'est pas nécessairement le signe d'une maladie.
28. Importance médicale
L'acidurie possède donc une double importance médicale.
Dans son sens physiologique et néphrologique, elle correspond à l'acidification des urines et témoigne notamment du rôle des reins dans l'équilibre acidobasique.
Dans son sens métabolique, elle peut désigner l'élimination excessive de certains acides organiques et constituer un indice majeur d'une maladie métabolique héréditaire.
Cette distinction est essentielle pour interpréter correctement le terme.
29. À retenir
L'acidurie désigne principalement la présence d'acides dans les urines ou l'excrétion d'urines acides. Une certaine acidité urinaire est normale et constitue un mécanisme important permettant aux reins d'éliminer la charge acide produite par l'organisme.
Le terme est également utilisé pour désigner les aciduries organiques, un groupe de maladies métaboliques caractérisées par l'accumulation et l'excrétion urinaire anormale de certains acides organiques. Ces maladies sont souvent d'origine génétique et peuvent provoquer des épisodes de décompensation métabolique, notamment une acidose métabolique.
Le diagnostic dépend donc du sens du terme : le pH urinaire permet d'évaluer l'acidité générale des urines, tandis que l'analyse des acides organiques urinaires permet de rechercher des anomalies spécifiques du métabolisme.
Sources :
- Häberle, J., Boddaert, N., Burlina, A., Chakrapani, A., Dixon, M., Huemer, M., ... & McCandless, S. E. (2012). Suggested guidelines for the diagnosis and management of urea cycle disorders. Orphanet Journal of Rare Diseases, 7(1), 32. https://ojrd.biomedcentral.com/articles/10.1186/1750-1172-7-32
- Saudubray, J. M., Garcia‐Cazorla, A., & Anikster, Y. (2006). Medical approach to lysosomal storage diseases. The Science of Nature, 93(4), 149-159. https://link.springer.com/article/10.1007/s00114-006-0098-y