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L’acromégalie est une maladie endocrinienne chronique caractérisée par une production excessive d’hormone de croissance (GH) après la fin de la croissance osseuse. Cette hypersécrétion entraîne une augmentation de la production du facteur de croissance analogue à l’insuline de type 1 (IGF-1), qui est principalement produit par le foie sous l’influence de la GH.

L’excès prolongé de GH et d’IGF-1 provoque progressivement une augmentation de la taille de certains tissus et une modification des os et des organes. Les changements apparaissent généralement lentement, parfois sur plusieurs années, ce qui peut retarder le diagnostic.

Chez l’adulte, l’acromégalie se distingue du gigantisme. Le gigantisme survient lorsque l’excès d’hormone de croissance apparaît avant la fermeture des cartilages de croissance et entraîne une croissance excessive en taille. Dans l’acromégalie, les cartilages de croissance sont déjà fermés : les os ne s’allongent plus de manière importante, mais certains os et tissus continuent à s’épaissir ou à augmenter de volume.

Cause principale

Dans la grande majorité des cas, l’acromégalie est provoquée par un adénome de l’hypophyse produisant excessivement de l’hormone de croissance.

L’hypophyse, ou glande pituitaire, est une petite glande située à la base du cerveau. Elle contrôle de nombreuses fonctions hormonales de l'organisme.

L’adénome responsable de l’acromégalie est généralement bénin, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas d’un cancer. Malgré cela, il peut provoquer des problèmes importants en produisant trop de GH ou en comprimant les structures voisines.

Rôle de l’hormone de croissance

L’hormone de croissance joue un rôle essentiel dans la croissance et le métabolisme.

Chez l’enfant et l’adolescent, elle favorise notamment la croissance des os et des tissus.

Chez l’adulte, elle continue à intervenir dans plusieurs processus métaboliques, mais une production excessive entraîne des effets pathologiques.

Une grande partie des effets de la GH est médiée par l’IGF-1. Une concentration élevée et persistante d’IGF-1 contribue notamment à la croissance excessive de différents tissus.

Développement progressif

L’acromégalie évolue généralement lentement. Les modifications physiques peuvent être si progressives que la personne elle-même ne les remarque pas immédiatement.

Les changements peuvent notamment concerner :

  • les mains ;
  • les pieds ;
  • le visage ;
  • la mâchoire ;
  • le nez ;
  • les lèvres ;
  • la langue ;
  • la peau ;
  • les tissus mous.

Une comparaison avec des photographies anciennes peut parfois mettre en évidence l’évolution progressive des traits du visage.

Modifications des mains et des pieds

L’augmentation de volume des mains et des pieds constitue l’une des manifestations caractéristiques de l’acromégalie.

Les personnes atteintes peuvent constater :

  • une augmentation de la taille des chaussures ;
  • des bagues devenant trop petites ;
  • un épaississement des doigts ;
  • une augmentation de la largeur des mains et des pieds.

Ces modifications résultent notamment de la croissance des tissus mous et de changements osseux.

Modifications du visage

L’acromégalie peut progressivement modifier les traits du visage.

Les changements peuvent comprendre :

  • un épaississement des lèvres ;
  • un nez plus large ;
  • une arcade sourcilière plus proéminente ;
  • une mâchoire inférieure plus développée ;
  • des espaces plus importants entre certaines dents ;
  • une langue augmentée de volume ;
  • un épaississement des tissus du visage.

La croissance excessive de la mandibule est appelée prognathisme.

Modifications dentaires

L’augmentation du volume de la mâchoire peut modifier l’alignement des dents.

Une personne peut développer :

  • un espacement accru entre les dents ;
  • des modifications de l’occlusion ;
  • une difficulté à fermer correctement la bouche ;
  • une modification progressive de la forme du visage.

Ces changements peuvent être particulièrement utiles lorsqu’on compare l’apparence actuelle avec des photographies anciennes.

Peau et cheveux

L’excès de GH et d’IGF-1 peut provoquer des modifications cutanées.

La peau peut devenir :

  • plus épaisse ;
  • plus grasse ;
  • plus humide ;
  • davantage sujette à la transpiration.

Une augmentation de la pilosité peut également être observée chez certaines personnes.

Augmentation de la langue

La macroglossie, c’est-à-dire l’augmentation anormale du volume de la langue, peut survenir dans l’acromégalie.

Elle peut contribuer à :

  • des difficultés d’élocution ;
  • des ronflements ;
  • des troubles respiratoires pendant le sommeil ;
  • une sensation d’encombrement dans la bouche.

Voix

L’épaississement des tissus des voies respiratoires et les modifications du larynx peuvent entraîner une voix plus grave.

Ce changement est généralement progressif et peut parfois être remarqué par l’entourage avant la personne elle-même.

Douleurs articulaires

Les douleurs articulaires sont fréquentes dans l’acromégalie.

L’excès d’IGF-1 peut favoriser des modifications des cartilages et des structures articulaires. À long terme, cela peut contribuer à une arthropathie acromégalique.

Les articulations fréquemment concernées comprennent notamment :

  • les genoux ;
  • les hanches ;
  • les épaules ;
  • les mains ;
  • la colonne vertébrale.

Les douleurs peuvent s’accompagner d’une raideur et d’une diminution de la mobilité.

Syndrome du canal carpien

L’acromégalie augmente le risque de syndrome du canal carpien.

L’épaississement des tissus autour du poignet peut comprimer le nerf médian et provoquer :

  • des fourmillements ;
  • des engourdissements ;
  • des douleurs ;
  • une diminution de la force de la main.

Les symptômes peuvent être particulièrement présents la nuit.

Troubles respiratoires du sommeil

L’acromégalie augmente le risque d’apnée obstructive du sommeil.

L’augmentation du volume de la langue et l’épaississement des tissus des voies respiratoires peuvent favoriser leur obstruction pendant le sommeil.

Les manifestations peuvent comprendre :

  • ronflements importants ;
  • pauses respiratoires observées pendant le sommeil ;
  • réveils fréquents ;
  • somnolence durant la journée ;
  • fatigue ;
  • difficultés de concentration.

Une évaluation du sommeil peut être nécessaire lorsque ces symptômes sont présents.

Système cardiovasculaire

L’acromégalie non traitée peut avoir des conséquences importantes sur le système cardiovasculaire.

L’excès prolongé de GH et d’IGF-1 peut contribuer à :

  • l’hypertension artérielle ;
  • l’épaississement du muscle cardiaque ;
  • certaines anomalies des valves cardiaques ;
  • des troubles du rythme ;
  • une insuffisance cardiaque dans les formes avancées.

Le contrôle de l’excès hormonal réduit le risque de complications cardiovasculaires.

Métabolisme du glucose

L’hormone de croissance peut diminuer la sensibilité des tissus à l’insuline.

L’acromégalie peut donc favoriser :

  • une résistance à l’insuline ;
  • une augmentation de la glycémie ;
  • une intolérance au glucose ;
  • un diabète de type 2.

Une surveillance régulière du métabolisme glucidique est généralement indiquée.

Troubles hormonaux

L’adénome hypophysaire responsable de l’acromégalie peut également perturber la production d’autres hormones hypophysaires.

Selon la taille de la tumeur et son emplacement, elle peut entraîner une diminution de la production de certaines hormones.

Des troubles peuvent alors toucher notamment :

  • la fonction thyroïdienne ;
  • la fonction des glandes surrénales ;
  • la fonction reproductive ;
  • la production de certaines hormones sexuelles.

Chez la femme, l’acromégalie peut notamment être associée à des irrégularités menstruelles. Chez l’homme, une diminution de la libido ou des troubles de la fonction sexuelle peuvent apparaître.

Troubles visuels et céphalées

Un adénome hypophysaire volumineux peut comprimer les structures situées à proximité de l’hypophyse.

Les symptômes peuvent comprendre :

  • des maux de tête ;
  • des troubles de la vision ;
  • une diminution du champ visuel.

La tumeur peut notamment comprimer le chiasma optique, structure où se croisent certaines fibres des nerfs optiques.

Une perte du champ visuel périphérique peut alors apparaître.

Complications osseuses

L’acromégalie entraîne des modifications importantes du squelette.

Chez l’adulte, les os peuvent notamment devenir plus épais, particulièrement au niveau :

  • du crâne ;
  • de la mâchoire ;
  • des mains ;
  • des pieds.

Les modifications de la colonne vertébrale et des articulations peuvent également contribuer aux douleurs et aux limitations fonctionnelles.

Organes internes

L’excès chronique de GH et d’IGF-1 peut entraîner une augmentation de la taille de certains organes, phénomène appelé organomégalie.

Le cœur est particulièrement important sur le plan clinique, mais d’autres organes peuvent également être concernés.

L’augmentation de la taille des organes ne signifie pas nécessairement qu’ils fonctionnent mieux. Dans certaines situations, elle peut au contraire contribuer à des complications.

Risque de cancer colorectal

Certaines études ont montré une association entre l’acromégalie et une augmentation du risque de certains cancers ou lésions précancéreuses, notamment les polypes colorectaux.

Cette association explique pourquoi une surveillance adaptée du côlon peut être recommandée chez certaines personnes atteintes d’acromégalie, en fonction notamment de l’âge, des antécédents et du contrôle de la maladie.

Les recommandations de dépistage doivent être individualisées par le médecin.

Diagnostic

Le diagnostic de l’acromégalie repose principalement sur les dosages hormonaux et l’imagerie de l’hypophyse.

Le premier examen biologique généralement utilisé est le dosage de l’IGF-1.

Une concentration élevée d’IGF-1, adaptée à l’âge, peut orienter vers une hypersécrétion de GH.

Comme la sécrétion de GH varie fortement au cours de la journée, un simple dosage ponctuel de GH n’est généralement pas suffisant pour confirmer ou exclure la maladie.

Test de tolérance au glucose

Lorsque le dosage de l’IGF-1 suggère une acromégalie, un test de tolérance au glucose oral peut être utilisé pour confirmer le diagnostic.

Chez une personne normale, l’administration de glucose entraîne une diminution importante de la sécrétion de GH.

Dans l’acromégalie, cette suppression ne se produit pas normalement.

Le résultat est interprété avec les autres données biologiques et cliniques.

Imagerie de l’hypophyse

Une IRM cérébrale centrée sur l’hypophyse est généralement réalisée lorsqu’une acromégalie est confirmée ou fortement suspectée.

Elle permet de rechercher un adénome hypophysaire et d’évaluer :

  • sa taille ;
  • sa localisation ;
  • son extension ;
  • ses rapports avec les structures voisines.

La plupart des adénomes responsables de l’acromégalie sont des macroadénomes ou des microadénomes selon leur taille.

Traitement

L’objectif du traitement est de normaliser la production excessive de GH et d’IGF-1, contrôler la tumeur hypophysaire et réduire les complications.

Les principales stratégies comprennent :

  • la chirurgie ;
  • les médicaments ;
  • la radiothérapie dans certaines situations.

Le choix dépend notamment de la taille et de la localisation de l’adénome, du niveau hormonal, de l’état général de la personne et de la réponse aux traitements.

Chirurgie

La chirurgie constitue souvent le traitement initial privilégié lorsque l’adénome peut être retiré de manière suffisamment sûre et complète.

La voie transsphénoïdale est couramment utilisée. Le chirurgien accède à l’hypophyse par les voies nasales et le sinus sphénoïdal, sans avoir à ouvrir largement le crâne.

L’objectif est de retirer l’adénome responsable de l’excès hormonal tout en préservant autant que possible le tissu hypophysaire normal.

Chez certaines personnes, la chirurgie permet de normaliser durablement les concentrations hormonales.

Traitements médicamenteux

Lorsque la chirurgie ne permet pas de contrôler complètement la maladie, ou lorsqu’elle n’est pas appropriée, différents médicaments peuvent être utilisés.

Analogues de la somatostatine

Les analogues de la somatostatine, notamment l’octréotide et le lanréotide, réduisent la sécrétion de GH par l’adénome chez de nombreux patients.

Ils peuvent également contribuer à réduire le volume tumoral chez certaines personnes.

Antagoniste du récepteur de la GH

Le pegvisomant bloque l’action de la GH au niveau de son récepteur.

Il réduit ainsi la production d’IGF-1 et peut être particulièrement utile lorsque le contrôle hormonal reste insuffisant avec d’autres traitements.

Il agit principalement sur les conséquences hormonales de la maladie plutôt que directement sur la tumeur.

Agonistes dopaminergiques

La cabergoline, un agoniste dopaminergique, peut être utilisée chez certaines personnes, notamment lorsque l’élévation de l’IGF-1 est modérée ou en association avec d’autres traitements.

Son efficacité est généralement inférieure à celle des traitements spécifiquement dirigés contre l’axe GH-IGF-1.

Médicaments combinés

Dans certaines situations, plusieurs traitements peuvent être associés afin d’obtenir un contrôle hormonal satisfaisant.

Le choix du traitement est individualisé selon la réponse biologique, les effets indésirables et les caractéristiques de l’adénome.

Radiothérapie

La radiothérapie peut être envisagée lorsque la maladie reste insuffisamment contrôlée malgré la chirurgie et les traitements médicamenteux, ou lorsque les autres options ne sont pas adaptées.

Elle peut permettre de réduire progressivement la sécrétion hormonale ou de contrôler la croissance d’un résidu tumoral.

Son effet est généralement lent et une surveillance hormonale prolongée est nécessaire.

Suivi médical

L’acromégalie nécessite généralement un suivi à long terme.

La surveillance peut comprendre :

  • les concentrations d’IGF-1 ;
  • la GH dans certaines situations ;
  • l’imagerie de l’hypophyse ;
  • la tension artérielle ;
  • la glycémie ;
  • la fonction cardiaque ;
  • l’évaluation du sommeil ;
  • l’audition et la vision selon les symptômes ;
  • l’état des articulations ;
  • l’évaluation de l’hypophyse et des autres hormones.

Le suivi permet également de détecter les complications et d’adapter le traitement.

Pronostic

Le pronostic de l’acromégalie s’est considérablement amélioré grâce aux progrès du diagnostic et des traitements.

Lorsque l’excès hormonal est correctement contrôlé, le risque de nombreuses complications diminue.

À l’inverse, une acromégalie non traitée pendant une longue période peut augmenter le risque de complications cardiovasculaires, métaboliques, respiratoires et articulaires.

Le diagnostic précoce et le contrôle durable de l’IGF-1 jouent donc un rôle majeur dans le pronostic.

Acromégalie et espérance de vie

L’acromégalie non contrôlée peut réduire l’espérance de vie, principalement en raison de ses complications cardiovasculaires et métaboliques.

Le contrôle efficace de la maladie peut toutefois réduire considérablement ces risques.

L’évolution dépend notamment de l’âge au diagnostic, de la durée de l’exposition à un excès de GH et d’IGF-1, de la présence de complications et de la réponse aux traitements.

Acromégalie et qualité de vie

Même lorsque les concentrations hormonales sont normalisées, certaines conséquences de l’acromégalie peuvent persister.

Les douleurs articulaires, les modifications du visage, les troubles du sommeil ou certaines limitations physiques peuvent continuer à affecter la qualité de vie.

Une prise en charge multidisciplinaire peut être nécessaire pour traiter les différentes conséquences de la maladie.

Différence entre acromégalie et gigantisme

L’acromégalie et le gigantisme sont tous deux provoqués par un excès d’hormone de croissance, mais ils surviennent à des moments différents du développement.

Dans le gigantisme, l’excès de GH apparaît avant la fermeture des cartilages de croissance. Les os longs continuent alors à s’allonger, ce qui entraîne une taille extrêmement élevée.

Dans l’acromégalie, l’excès de GH apparaît après la fermeture des cartilages de croissance. Les os ne peuvent donc plus augmenter fortement en longueur, mais les os et les tissus continuent à s’épaissir et à augmenter de volume.

Quand consulter ?

Une consultation médicale est particulièrement importante lorsqu’une personne présente progressivement plusieurs signes compatibles avec une acromégalie, notamment :

  • augmentation de la taille des mains ou des pieds ;
  • modification progressive des traits du visage ;
  • augmentation de la taille de la mâchoire ;
  • transpiration excessive ;
  • douleurs articulaires persistantes ;
  • maux de tête inhabituels ;
  • troubles de la vision ;
  • ronflements importants ou apnées du sommeil ;
  • engourdissements des mains ;
  • hypertension artérielle ;
  • troubles du métabolisme du glucose.

La présence d’un seul de ces symptômes ne signifie pas nécessairement qu’une personne souffre d’acromégalie. C’est surtout l’association de plusieurs manifestations et leur évolution progressive qui peut orienter vers cette maladie.

À retenir

L’acromégalie est une maladie endocrinienne chronique causée, dans la grande majorité des cas, par un adénome hypophysaire produisant trop d’hormone de croissance. L’excès de GH entraîne une augmentation de l’IGF-1, responsable d’une croissance excessive des tissus et de nombreuses modifications corporelles.

Les manifestations apparaissent généralement progressivement et comprennent notamment l’augmentation de la taille des mains et des pieds, l’épaississement des traits du visage, la croissance de la mâchoire, une transpiration excessive, des douleurs articulaires et des troubles respiratoires du sommeil.

L’acromégalie peut également provoquer des complications cardiovasculaires, métaboliques, respiratoires et hormonales. Le diagnostic repose principalement sur le dosage de l’IGF-1, complété lorsque nécessaire par un test de suppression de la GH après administration de glucose et une IRM de l’hypophyse.

Le traitement peut comprendre la chirurgie transsphénoïdale, des médicaments qui réduisent la sécrétion ou l’action de la GH et, dans certaines situations, la radiothérapie.

Un diagnostic précoce et un contrôle durable de l’excès hormonal permettent de réduire les complications et d’améliorer considérablement le pronostic.

Sources :

  1. Melmed, S. (2011). Acromegaly. New England Journal of Medicine, 364(11), 1029–1041. https://doi.org/10.1056/NEJMcp1008550
  2. Katznelson, L., Atkinson, J. L. D., Cook, D. M., et al. (2011). American Association of Clinical Endocrinologists Medical Guidelines for Clinical Practice for the Diagnosis and Treatment of Acromegaly—2011 Update. Endocrine Practice, 17(Supplement 4), 1–44. https://doi.org/10.4158/EP.17.S4.1