L’acupuncture est une pratique thérapeutique issue des traditions médicales chinoises, qui consiste à stimuler des points précis du corps, principalement à l’aide de fines aiguilles. Elle est aujourd’hui utilisée dans différents pays, notamment comme approche complémentaire pour certaines douleurs et certains symptômes.
L’acupuncture traditionnelle repose sur des concepts tels que le qi, les méridiens et l’équilibre entre différentes forces physiologiques. Ces concepts appartiennent au cadre théorique de la médecine traditionnelle chinoise et ne correspondent pas directement aux concepts anatomiques et physiologiques utilisés par la médecine moderne.
La recherche scientifique contemporaine s’intéresse principalement aux effets observables de la stimulation par les aiguilles. Certaines études montrent un bénéfice pour certaines douleurs, mais l’ampleur de cet effet et les mécanismes impliqués restent discutés. Une partie des bénéfices observés peut également être liée à des mécanismes non spécifiques, notamment les attentes du patient, la relation thérapeutique et le contexte du traitement.
Origine
L’acupuncture est historiquement associée à la médecine traditionnelle chinoise.
Ses pratiques se sont développées en Chine sur plusieurs siècles avant de se diffuser progressivement dans d’autres régions d’Asie puis dans le reste du monde.
Les formes modernes d’acupuncture ne sont toutefois pas toutes identiques aux pratiques historiques. Certaines techniques contemporaines ont été standardisées ou adaptées aux systèmes de santé occidentaux.
Principes traditionnels
Dans la médecine traditionnelle chinoise, l’acupuncture est généralement expliquée par l’existence du qi, une notion traditionnellement décrite comme une forme d’énergie ou de force vitale.
Le qi circulerait à travers des trajets appelés méridiens.
Selon cette conception, une perturbation de la circulation du qi pourrait contribuer à l’apparition de symptômes ou de maladies.
L’acupuncture aurait alors pour objectif de rétablir un équilibre considéré comme perturbé.
Ces notions constituent le modèle théorique traditionnel de l’acupuncture. Elles ne doivent pas être confondues avec les structures anatomiques et les mécanismes physiologiques démontrés par la recherche biomédicale.
Les points d’acupuncture
L’acupuncture traditionnelle identifie un grand nombre de points situés sur différentes régions du corps.
Le praticien sélectionne certains points en fonction des symptômes, de l’examen du patient et du système théorique utilisé.
Les points peuvent être stimulés par :
- des aiguilles ;
- une pression ;
- la chaleur ;
- une stimulation électrique ;
- d’autres techniques associées.
La localisation précise des points varie selon les écoles et les systèmes d’acupuncture.
Aiguilles
Les aiguilles utilisées en acupuncture sont généralement très fines.
Elles sont introduites dans la peau à une profondeur variable selon la région du corps et la technique employée.
Les aiguilles modernes destinées aux soins médicaux sont généralement stériles et à usage unique afin de réduire le risque de transmission d’infections.
Le praticien peut effectuer de légers mouvements de rotation ou de manipulation de l’aiguille.
Sensation pendant le traitement
L’insertion d’une aiguille d’acupuncture peut provoquer une sensation brève de piqûre.
Certaines personnes ressentent ensuite une pression, une lourdeur, une chaleur, des fourmillements ou une sensation particulière autour de l’aiguille.
La sensation varie selon la personne, la région du corps et la technique utilisée.
Une douleur importante ou persistante n’est pas une conséquence recherchée du traitement.
Électroacupuncture
L’électroacupuncture consiste à appliquer une faible stimulation électrique à travers certaines aiguilles.
Cette technique vise à renforcer ou à modifier la stimulation produite par les aiguilles.
Elle est notamment étudiée dans le contexte de certaines douleurs.
L’électroacupuncture ne doit pas être confondue avec la neurostimulation électrique transcutanée (TENS), qui utilise des électrodes placées sur la peau sans insertion d’aiguilles.
Acupression
L’acupression consiste à appliquer une pression sur certains points traditionnellement utilisés en acupuncture.
Elle ne nécessite pas l’introduction d’aiguilles.
Comme l’acupuncture, elle est associée à des concepts issus de la médecine traditionnelle chinoise, mais certains effets de la stimulation mécanique peuvent également être étudiés selon les mécanismes de la physiologie moderne.
Moxibustion
La moxibustion est une technique traditionnelle qui consiste à appliquer de la chaleur sur ou à proximité de certains points d’acupuncture, généralement à l’aide d’armoise préparée sous différentes formes.
Elle peut être pratiquée seule ou en association avec l’acupuncture.
La chaleur constitue alors une composante importante de la stimulation.
Elle comporte toutefois un risque de brûlure lorsqu’elle est mal utilisée.
Acupuncture et douleur
La douleur constitue l’une des principales raisons pour lesquelles certaines personnes ont recours à l’acupuncture.
Elle est notamment étudiée dans :
- les lombalgies ;
- certaines douleurs cervicales ;
- l’arthrose ;
- certaines douleurs musculosquelettiques ;
- certaines céphalées ;
- les migraines ;
- certaines douleurs postopératoires.
Les résultats des études varient selon la maladie, la technique utilisée et la méthode de comparaison.
Lombalgie
L’acupuncture a été étudiée dans la prise en charge des douleurs lombaires.
Certaines recherches indiquent qu’elle peut apporter une amélioration modeste de la douleur ou de la fonction chez certaines personnes.
Cependant, elle ne constitue pas nécessairement un traitement supérieur aux autres approches non médicamenteuses.
La prise en charge des lombalgies peut également comprendre l’activité physique adaptée, la physiothérapie, l’éducation du patient et d’autres interventions selon la cause de la douleur.
Migraine
L’acupuncture a également été étudiée pour la prévention des migraines.
Certaines études suggèrent qu’elle peut réduire la fréquence des crises chez certaines personnes.
L’importance de l’effet varie cependant selon les études et les comparaisons utilisées.
Elle peut être considérée comme une option complémentaire dans certaines situations, mais elle ne remplace pas automatiquement les traitements médicaux recommandés pour la migraine.
Céphalées de tension
Des études ont également évalué l’acupuncture dans les céphalées de tension.
Certaines personnes peuvent signaler une diminution de la fréquence ou de l’intensité des maux de tête.
L’efficacité observée doit cependant être interprétée avec prudence en raison des différences entre les protocoles et des effets non spécifiques associés à toute intervention thérapeutique.
Arthrose
L’acupuncture a été étudiée notamment dans l’arthrose du genou.
Certaines études montrent une amélioration de la douleur et de la fonction.
Cependant, l’ampleur du bénéfice peut être relativement modeste et varie selon les essais cliniques.
Elle peut être envisagée comme complément à une prise en charge globale comprenant notamment l’exercice et la gestion du poids lorsque cela est approprié.
Mécanismes possibles
Les mécanismes biologiques de l’acupuncture ne sont pas complètement établis.
Les recherches modernes étudient notamment la possibilité que la stimulation des tissus par les aiguilles influence :
- les nerfs périphériques ;
- la transmission des signaux douloureux ;
- certaines régions du système nerveux central ;
- les mécanismes de modulation de la douleur ;
- certains neurotransmetteurs ;
- certaines réponses neuroendocriniennes.
Ces mécanismes sont étudiés indépendamment des explications traditionnelles fondées sur le qi et les méridiens.
Système nerveux
L’insertion d’une aiguille stimule mécaniquement différents tissus, notamment des récepteurs sensoriels et des fibres nerveuses.
Le système nerveux peut répondre à cette stimulation par différentes modifications de l’activité neuronale.
Certaines recherches en neuro-imagerie ont également observé des modifications de l’activité de certaines régions cérébrales pendant ou après une stimulation par acupuncture.
Ces observations ne démontrent cependant pas à elles seules l’efficacité clinique de la méthode.
Modulation de la douleur
Le système nerveux possède des mécanismes naturels permettant de réduire ou d’amplifier la perception de la douleur.
L’acupuncture pourrait influencer certains de ces mécanismes.
La stimulation périphérique peut notamment modifier l’activité des voies impliquées dans la transmission et la modulation des signaux douloureux.
Cette hypothèse constitue l’une des principales pistes étudiées pour expliquer certains effets analgésiques de l’acupuncture.
Endorphines
Certaines recherches ont étudié le rôle des endorphines et d’autres substances impliquées dans la modulation de la douleur.
Les endorphines sont des peptides produits naturellement par l’organisme et capables de participer à la régulation de la douleur.
Cependant, il serait trop simpliste d’expliquer tous les effets de l’acupuncture par une seule substance ou un seul mécanisme biologique.
Effets spécifiques et effets contextuels
L’un des principaux défis de la recherche sur l’acupuncture consiste à distinguer les effets propres à la stimulation des aiguilles des effets liés au contexte thérapeutique.
Lorsqu’une personne reçoit un traitement, plusieurs facteurs peuvent influencer son expérience :
- les attentes ;
- l’attention portée aux symptômes ;
- la relation avec le thérapeute ;
- le rituel du traitement ;
- la relaxation ;
- le sentiment d’être pris en charge.
Ces facteurs sont parfois appelés effets contextuels.
Acupuncture placebo
Les chercheurs utilisent différentes formes de comparaison pour déterminer si l’acupuncture possède des effets spécifiques.
Ils peuvent notamment comparer l’acupuncture avec :
- l’absence de traitement ;
- les soins habituels ;
- une autre intervention ;
- une acupuncture dite simulée.
L’acupuncture simulée peut utiliser des aiguilles superficielles ou des dispositifs qui reproduisent certains aspects de la procédure sans reproduire exactement la stimulation traditionnelle.
Les résultats de ces comparaisons sont importants pour déterminer l’ampleur de l’effet spécifique.
Placebo et douleur
La douleur est particulièrement sensible aux facteurs psychologiques et contextuels.
Les attentes d’une personne peuvent modifier son expérience douloureuse sans que la douleur soit imaginaire.
Le cerveau participe activement à la perception et à la modulation de la douleur.
Ainsi, un effet contextuel peut être physiologiquement réel tout en étant différent d’un effet spécifique du mécanisme revendiqué par une thérapie.
Efficacité scientifique
Les données scientifiques concernant l’acupuncture sont variables selon les indications.
Il existe davantage de données concernant certaines douleurs chroniques que pour de nombreuses autres affections.
Dans certaines situations, l’acupuncture peut procurer un bénéfice modeste chez certaines personnes.
Cependant, les preuves sont insuffisantes ou contradictoires pour de nombreuses autres indications.
Il est donc préférable d’évaluer l’acupuncture maladie par maladie plutôt que de considérer qu’elle est efficace ou inefficace pour toutes les conditions médicales.
Acupuncture et maladies graves
L’acupuncture ne doit pas être utilisée pour remplacer un traitement médical nécessaire d’une maladie grave.
Elle ne constitue notamment pas un traitement curatif démontré du :
- cancer ;
- diabète ;
- infarctus du myocarde ;
- infection sévère ;
- maladie auto-immune ;
- maladie neurologique grave.
Elle peut parfois être étudiée ou utilisée comme approche complémentaire pour certains symptômes, mais elle ne doit pas retarder un diagnostic ou un traitement médical efficace.
Acupuncture et cancer
Chez les personnes atteintes de cancer, certaines techniques d’acupuncture ont été étudiées pour certains symptômes ou effets secondaires des traitements.
Selon la situation, des recherches ont notamment porté sur :
- les nausées et vomissements associés à certains traitements ;
- certaines douleurs ;
- certains symptômes liés aux traitements.
L’acupuncture ne remplace pas les traitements anticancéreux tels que la chirurgie, la radiothérapie ou les traitements médicamenteux lorsqu’ils sont indiqués.
Effets indésirables
Lorsqu’elle est réalisée correctement avec du matériel stérile, l’acupuncture provoque généralement des effets indésirables légers.
Les plus fréquents comprennent :
- douleur légère au point d’insertion ;
- petits saignements ;
- ecchymoses ;
- fatigue temporaire ;
- vertiges ;
- sensation de malaise.
Ces effets sont généralement transitoires.
Complications rares
Des complications plus graves peuvent survenir, particulièrement lorsque les aiguilles sont mal utilisées.
Elles peuvent comprendre :
- infection ;
- lésion d’un organe ;
- pneumothorax ;
- saignement important dans certaines circonstances ;
- lésion nerveuse.
Le risque dépend notamment de la région traitée, de la profondeur d’insertion, de l’expérience du praticien et des conditions d’hygiène.
Pneumothorax
Le pneumothorax est une complication rare mais potentiellement grave.
Il peut survenir lorsqu’une aiguille pénètre accidentellement dans la cavité pleurale et provoque une accumulation d’air autour du poumon.
Une douleur thoracique soudaine et un essoufflement après une séance d’acupuncture nécessitent une évaluation médicale urgente.
Risque infectieux
L’utilisation d’aiguilles contaminées peut entraîner la transmission d’agents infectieux.
L’utilisation d’aiguilles stériles, à usage unique, ainsi que le respect des règles d’hygiène réduisent fortement ce risque.
La stérilité du matériel constitue donc un élément essentiel de la sécurité de la pratique.
Contre-indications et précautions
Certaines situations nécessitent des précautions particulières.
Une attention particulière peut être nécessaire chez les personnes :
- présentant un trouble de la coagulation ;
- prenant certains anticoagulants ;
- ayant une infection cutanée au site prévu ;
- présentant certaines maladies ou conditions particulières ;
- portant certains dispositifs médicaux.
La grossesse nécessite également une pratique adaptée, notamment en raison de la localisation de certains points et de certaines techniques.
Acupuncture et grossesse
L’acupuncture est parfois utilisée pendant la grossesse pour certains symptômes, mais toutes les techniques ne sont pas nécessairement appropriées.
Certaines zones du corps et certaines méthodes de stimulation nécessitent des précautions particulières.
Toute utilisation pendant la grossesse devrait être discutée avec un professionnel de santé connaissant l’état de la personne enceinte.
Formation des praticiens
La formation et la réglementation des praticiens varient considérablement selon les pays et les régions.
Dans certains endroits, l’acupuncture est pratiquée principalement par des médecins ou d’autres professionnels de santé.
Dans d’autres, elle peut être pratiquée par des professionnels spécifiquement formés à cette technique.
La qualité de la formation, les normes d’hygiène et la réglementation professionnelle sont des éléments importants à considérer.
Acupuncture au Canada
Au Canada, la réglementation de l’acupuncture varie selon les provinces et les territoires.
Les conditions d’exercice, les titres professionnels et les exigences de formation ne sont donc pas nécessairement identiques partout.
Il est important de vérifier les règles applicables dans sa province ou son territoire et de choisir un praticien correctement formé et autorisé lorsque la réglementation locale le prévoit.
Acupuncture et médecine conventionnelle
L’acupuncture peut être intégrée à une approche de médecine complémentaire.
Dans cette approche, elle est utilisée parallèlement aux traitements médicaux conventionnels plutôt qu’à leur place.
Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’une personne souffre d’une maladie nécessitant un diagnostic ou un traitement médical.
Évaluation scientifique
L’évaluation scientifique de l’acupuncture repose principalement sur les essais cliniques, les revues systématiques et les méta-analyses.
Les chercheurs cherchent notamment à déterminer :
- si l’acupuncture améliore réellement les symptômes ;
- quelle est l’importance de cet effet ;
- combien de temps il persiste ;
- si elle est plus efficace que les traitements habituels ;
- si elle présente un rapport bénéfice-risque favorable.
Les conclusions peuvent différer selon la maladie étudiée.
Limites des études
Les recherches sur l’acupuncture présentent plusieurs difficultés méthodologiques.
Il est difficile de réaliser un véritable placebo parfaitement indistinguable d’une acupuncture réelle, car le patient peut parfois savoir qu’une aiguille a été introduite.
Les études peuvent également utiliser des techniques, des points et des fréquences de traitement différents.
Ces différences compliquent la comparaison directe des résultats.
À retenir
L’acupuncture est une pratique thérapeutique issue de la médecine traditionnelle chinoise qui consiste principalement à stimuler certains points du corps à l’aide de fines aiguilles.
La théorie traditionnelle fait appel aux concepts de qi et de méridiens, qui ne correspondent pas directement aux structures anatomiques reconnues par la médecine moderne.
La recherche contemporaine étudie plutôt les effets de la stimulation des tissus et du système nerveux, ainsi que les mécanismes de modulation de la douleur et les effets contextuels.
Les données scientifiques sont variables selon les maladies. L’acupuncture possède des données relativement importantes dans certaines douleurs, notamment certaines lombalgies, migraines et douleurs musculosquelettiques, mais son efficacité demeure incertaine ou insuffisamment démontrée pour de nombreuses autres indications.
Lorsqu’elle est réalisée dans de bonnes conditions, elle entraîne généralement des effets indésirables légers, comme des douleurs locales, de petits saignements ou des ecchymoses. Des complications graves, bien que rares, peuvent survenir, notamment des infections ou un pneumothorax.
L’acupuncture peut être envisagée comme approche complémentaire dans certaines situations, mais elle ne doit pas remplacer un traitement médical dont l’efficacité est établie ni retarder le diagnostic d’une maladie.
Sources :
- Vickers, A. J., Vertosick, E. A., Lewith, G., et al. (2020). Acupuncture for Chronic Pain: Update of an Individual Patient Data Meta-Analysis. The Journal of Pain, 21(5-6), 471–482. https://doi.org/10.1016/j.jpain.2019.08.005
- Lee, J. H., Choi, T. Y., Lee, M. S., Lee, H., Shin, B. C., & Ernst, E. (2013). Acupuncture for acute low back pain: a systematic review. The Clinical Journal of Pain, 29(2), 172–185. https://doi.org/10.1097/AJP.0b013e31824909f9