Le tendon d'Achille, également appelé tendon calcanéen, est le tendon le plus volumineux et l'un des plus résistants du corps humain. Situé à l'arrière de la jambe et de la cheville, il relie principalement les muscles gastrocnémien et soléaire, qui constituent avec d'autres structures le triceps sural, à l'os du talon, le calcanéus.
Il joue un rôle essentiel dans la marche, la course, le saut et de nombreux mouvements du membre inférieur. Sa contraction permet principalement la flexion plantaire du pied, c'est-à-dire le mouvement qui consiste à abaisser l'avant-pied, comme lorsqu'on se met sur la pointe des pieds.
Anatomie
Le tendon d'Achille se situe à la partie postérieure de la cheville. Il résulte principalement de la réunion des tendons des muscles gastrocnémien et soléaire.
Ces muscles se contractent et transmettent leur force au calcanéus par l'intermédiaire du tendon. Cette organisation permet de transformer la force musculaire en mouvement de la cheville.
Le tendon possède une vascularisation relativement limitée dans certaines régions, ce qui peut contribuer à expliquer sa vulnérabilité à certaines lésions et à la lenteur de guérison de certaines blessures.
Le tendon est entouré par des tissus permettant son glissement par rapport aux structures voisines. Il ne possède pas une véritable gaine synoviale comme certains tendons de la main ou du pied.
Fonction
Le tendon d'Achille est indispensable à la propulsion du corps.
Il intervient notamment lors :
- de la marche ;
- de la course ;
- de la montée des escaliers ;
- du saut ;
- de la course en côte ;
- du maintien de la stabilité de la cheville ;
- de la propulsion lors de la phase finale du pas.
Lorsqu'une personne se met sur la pointe des pieds, les muscles du mollet se contractent et transmettent leur force au calcanéus par l'intermédiaire du tendon d'Achille.
Pendant la course et les activités sportives, le tendon emmagasine également une partie de l'énergie mécanique produite lors de l'appui au sol et la restitue ensuite, ce qui contribue à l'efficacité de la propulsion.
Tendinopathie d'Achille
La tendinopathie d'Achille est une affection caractérisée par une douleur et une altération de la structure et de la fonction du tendon.
Le terme « tendinite » est souvent utilisé dans le langage courant, mais tendinopathie est généralement plus approprié. Les lésions chroniques du tendon ne correspondent pas nécessairement à une inflammation classique.
La tendinopathie peut toucher principalement :
- la partie moyenne du tendon, quelques centimètres au-dessus du calcanéus ;
- l'insertion du tendon sur le calcanéus, appelée tendinopathie d'insertion.
Causes et facteurs de risque
La tendinopathie d'Achille résulte généralement de l'interaction de plusieurs facteurs plutôt que d'une cause unique.
Une augmentation trop rapide de la charge d'entraînement peut notamment dépasser la capacité du tendon à s'adapter. Elle peut apparaître après une augmentation de la distance parcourue, de l'intensité, de la fréquence des entraînements ou après l'introduction d'une nouvelle activité.
Les facteurs associés comprennent notamment :
- la course à pied et certains sports comportant des sauts ou des accélérations ;
- une augmentation soudaine de l'activité physique ;
- l'âge ;
- certaines caractéristiques biomécaniques ;
- une faiblesse ou un déficit de force des muscles du mollet ;
- certaines maladies métaboliques ou systémiques ;
- l'obésité ;
- le tabagisme ;
- l'utilisation de certains médicaments, notamment les fluoroquinolones et, dans certaines circonstances, les corticostéroïdes.
Le port de chaussures inadaptées peut également contribuer à certaines douleurs, mais son rôle dans la survenue de la tendinopathie est plus complexe qu'une simple relation de cause à effet.
Symptômes
Le principal symptôme est une douleur située à l'arrière de la cheville ou du tendon.
La douleur peut apparaître au début de l'activité physique, diminuer temporairement pendant l'effort puis réapparaître après celui-ci. Dans d'autres cas, elle persiste pendant toute l'activité.
Les autres symptômes possibles comprennent :
- une raideur du tendon, particulièrement au réveil ;
- une douleur lors de la marche ou de la course ;
- une sensibilité à la palpation ;
- un épaississement du tendon ;
- un gonflement localisé ;
- une diminution de la force lors de la flexion plantaire.
Une douleur qui s'aggrave progressivement doit être évaluée afin de déterminer sa cause.
Diagnostic
Le diagnostic de la tendinopathie d'Achille repose principalement sur l'examen clinique et l'histoire des symptômes.
Le professionnel de santé évalue notamment la douleur, la mobilité de la cheville, la force musculaire et la capacité à effectuer certains mouvements.
Une échographie ou une imagerie par résonance magnétique (IRM) peut être utilisée lorsque le diagnostic est incertain, lorsque l'on soupçonne une rupture ou lorsque l'évolution est atypique.
L'imagerie n'est cependant pas toujours nécessaire pour diagnostiquer une tendinopathie typique.
Traitement de la tendinopathie
Le traitement vise principalement à réduire la douleur et à permettre au tendon de retrouver progressivement une capacité suffisante à supporter les charges.
Le repos complet prolongé n'est généralement pas recommandé. Une réduction temporaire des activités douloureuses, suivie d'une reprise progressive, est habituellement préférable.
La rééducation comprend notamment des exercices de mise en charge et de renforcement progressif du tendon et des muscles du mollet. Les exercices excentriques constituent une méthode classique, mais les programmes modernes de réadaptation peuvent également utiliser d'autres formes de renforcement progressif.
La progression doit être adaptée à la douleur, à la fonction et à la capacité du tendon à tolérer la charge.
La physiothérapie peut également inclure des conseils concernant la gestion de la charge, la mobilité et le retour progressif aux activités sportives.
Mesures visant à soulager la douleur
L'application de froid peut temporairement diminuer la douleur chez certaines personnes, mais elle ne traite pas directement la cause de la tendinopathie.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent parfois être utilisés pour soulager la douleur à court terme, lorsque leur utilisation est appropriée. Ils ne constituent cependant pas un traitement permettant de restaurer la structure du tendon.
Le protocole RICE — repos, glace, compression et élévation — peut être utile immédiatement après certaines blessures aiguës, mais il ne constitue pas le traitement principal d'une tendinopathie chronique.
Rupture du tendon d'Achille
La rupture du tendon d'Achille est une déchirure partielle ou complète du tendon. Elle survient fréquemment lors d'un effort soudain et important, notamment pendant un sprint, un saut ou un changement rapide de direction.
Elle peut également survenir chez des personnes qui ne pratiquent pas régulièrement un sport.
Une rupture complète provoque souvent une douleur brutale accompagnée d'une sensation de claquement ou de coup reçu à l'arrière de la jambe. La personne peut éprouver une difficulté importante à marcher ou à se mettre sur la pointe du pied.
Une rupture doit être évaluée rapidement par un professionnel de santé.
Diagnostic d'une rupture
L'examen clinique permet souvent d'orienter fortement le diagnostic. Le test de Thompson, qui consiste à comprimer le mollet et à observer le mouvement du pied, peut notamment être utilisé.
Une échographie ou une IRM peut être réalisée lorsque le diagnostic n'est pas certain ou lorsque des informations supplémentaires sont nécessaires pour planifier le traitement.
Traitement de la rupture
Le traitement d'une rupture complète peut être chirurgical ou non chirurgical.
Le traitement non chirurgical consiste généralement à immobiliser temporairement la cheville dans une position favorisant le rapprochement des extrémités du tendon, puis à entreprendre une rééducation fonctionnelle progressive.
La réparation chirurgicale consiste à rapprocher et suturer les extrémités du tendon. Elle peut être privilégiée dans certaines situations, notamment chez certaines personnes jeunes et très actives, mais elle n'est pas systématiquement nécessaire.
Les deux approches nécessitent généralement une rééducation prolongée. Le choix dépend notamment de l'âge, du niveau d'activité, des caractéristiques de la rupture, des antécédents médicaux et des préférences de la personne.
Complications après une rupture
Les principales complications comprennent :
- une nouvelle rupture ;
- une faiblesse persistante du mollet ;
- une diminution de la puissance de propulsion ;
- une raideur de la cheville ;
- des douleurs persistantes.
La chirurgie présente en outre des risques propres, notamment les infections, les problèmes de cicatrisation et les complications liées à l'intervention.
Prévention
La prévention des blessures du tendon d'Achille repose principalement sur une gestion progressive de la charge physique.
Il est recommandé d'éviter les augmentations brutales du volume ou de l'intensité de l'entraînement et de prévoir une récupération suffisante.
Le renforcement progressif des muscles du mollet et l'adaptation de l'entraînement aux capacités physiques peuvent également contribuer à réduire le risque de blessure.
Une attention particulière doit être portée aux personnes qui reprennent une activité sportive après une longue période d'inactivité ou qui prennent certains médicaments associés à un risque accru de tendinopathie ou de rupture.
Les étirements peuvent améliorer la mobilité chez certaines personnes, mais ils ne constituent pas à eux seuls une méthode démontrée pour prévenir toutes les lésions du tendon d'Achille.
Recherche et nouveaux traitements
La recherche porte sur différentes approches destinées à améliorer la guérison des tendons, notamment certaines thérapies biologiques et régénératives.
Les injections de plasma riche en plaquettes (PRP), les cellules souches et différents facteurs de croissance ont notamment été étudiés dans les tendinopathies. Cependant, les résultats restent variables et ces traitements ne font pas partie des traitements standards établis pour toutes les formes de tendinopathie d'Achille.
De nouvelles études continuent d'évaluer leur efficacité et leur sécurité.
Quand consulter ?
Une consultation médicale est particulièrement importante en cas de :
- douleur importante apparue brutalement ;
- sensation de claquement à l'arrière de la cheville ;
- difficulté soudaine à marcher ;
- impossibilité de se mettre sur la pointe du pied ;
- gonflement important après un traumatisme ;
- douleur persistante ou qui s'aggrave malgré une diminution de l'activité.
Une rupture du tendon d'Achille nécessite une évaluation médicale rapide afin de déterminer le traitement approprié.
Conclusion
Le tendon d'Achille est une structure essentielle à la marche, à la course et à la propulsion du corps. Sa capacité à transmettre d'importantes forces entre les muscles du mollet et le calcanéus le rend également vulnérable aux blessures liées à une surcharge ou à un traumatisme soudain.
La tendinopathie d'Achille est généralement prise en charge par une adaptation de la charge et une rééducation fondée sur le renforcement progressif. La rupture du tendon constitue une blessure plus grave pouvant être traitée par une approche chirurgicale ou non chirurgicale selon la situation.
Une reconnaissance précoce des symptômes, une progression raisonnable de l'activité physique et une rééducation adaptée sont importantes pour favoriser le retour à la fonction et limiter les récidives.
Voir aussi
- Tendinopathie
- Tendinite
- Rupture tendineuse
- Cheville
- Calcanéus
- Muscle gastrocnémien
- Muscle soléaire
- Triceps sural
- Rééducation
- Physiothérapie
- Course à pied
- Biomécanique
Sources
- Khan, K. M., Cook, J. L., Kannus, P., Maffulli, N., & Bonar, S. F. (2002). Time to abandon the “tendinitis” myth. BMJ, 324(7338), 626–627.
- Alfredson, H., & Cook, J. L. (2007). A treatment algorithm for managing Achilles tendinopathy: new treatment options. BMJ, 334(7604), 542–544.
- Maffulli, N., Wong, J., & Almekinders, L. C. (2003). Types and epidemiology of tendinopathy. Clinics in Sports Medicine, 22(4), 675–692.
- Silbernagel, K. G., Hanlon, S., & Sprague, A. (2020). Current clinical concepts: conservative management of Achilles tendinopathy. Journal of Athletic Training, 55(5), 438–447.
- Martin, R. L., Chimenti, R., Cuddeford, T., et al. (2018). Achilles pain, stiffness, and muscle power deficits: midportion Achilles tendinopathy revision 2018. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 48(5), A1–A38.